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Sur la bonne voie...

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par Augusto Odone, président du Projet Myéline - Traduction : Christelle Ferry

Alors que le XXe siècle se termine, le Projet Myéline est maintenant tout près du but qu'il poursuit depuis si longtemps : la remyélinisation du système nerveux central (SNC) de l'Homme.

Même si cela prend du temps, les dernières pièces se mettent en place pour le premier essai chez l'Homme de transplantation de cellules de Schwann formatrices de myéline dans le cerveau de cinq patients atteints de sclérose en plaques. Cette expérience sera menée à la Yale University School of Medicine par le Dr Timothy Vollmer, membre à la fois de la Faculté de Yale et du Groupe de travail du Projet Myéline

PLUS QU'UN OBSTACLE !

Les cellules proviendront du nerf sural des malades eux-mêmes. Bien que les cellules de Schwann produisent normalement de la myéline dans le système nerveux périphérique, plusieurs expériences récentes sur les rongeurs et les chats ont montré que ces cellules avaient la capacité de remyéliniser également le système nerveux central.

Dans notre rapport précédent (du 29 mai 1999), nous indiquions qu'il nous restait deux obstacles à franchir avant de procéder à l'essai, c'est-à-dire : 1) obtenir l'accord du Comité consultatif de Yale, 2) démontrer que les cellules de Schwann sont capables de remyéliniser non seulement le SNC de petits animaux mais également celui d'espèces supérieures comme les singes.

L'équipe du Dr Vollmer a obtenu l'accord du Comité consultatif en septembre. Nous avons eu moins de chance pour le deuxième obstacle, du moins jusqu'à présent. Par suites de problèmes techniques, le Dr Jeffery Kocsis n'a pas réussi jusqu'à maintenant à démontrer que les cellules de Schwann peuvent remyéliniser des lésions provoquées chimiquement dans le cerveau du singe. En conséquence, l'expérience sur l'Homme à Yale a quelque peu pris du retard. Ceci est pour nous aussi décevant que pour vous. Mais il faut bien dire que les retards sont fréquents dans la recherche médicale (qui est aussi imprévisible qu'elle est complexe).

En dépit de ce contretemps, les chercheurs de Yale sont toujours enthousiastes en ce qui concerne l'essai sur l'Homme. Au moment même où nous écrivons cet article, le Dr Kocsis consacre tous ses efforts à une nouvelle série d'essais chez les singes en utilisant des techniques de transplantation améliorées.

Nous avons pensé que ces efforts aboutiraient plus rapidement avec le concours d'autres laboratoires travaillant aussi sur les cellules de Schwann. Dans cette optique, nous parrainons une rencontre entre les Drs Vollmer et Kocsis et les chercheurs du Projet Myéline qui ont une longue expérience en matière de transplantation de cellules de Schwann. Nous organisons également une visite à Yale du Dr Virginia Avellana-Adalid, membre de l'équipe du Dr Annick Baron-Van Evercooren à la Salpêtrière à Paris qui a de l'experience dans le même domaine de recherches (voir plus loin).

Pour gagner du temps et éviter d'autres retards, l'équipe de Yale poursuit son travail afin de satisfaire à d'autres conditions préalables pour l'essai sur l'Homme. Le Dr Vollmer a déjà commencé à faire subir les premiers tests à des patients atteints de SEP. Le Dr Kocsis perfectionne les méthodes qu'il a l'intention d'employer pour obtenir des cellules de Schwann humaines des nerfs périphériques. Il signale qu'il a réussi à dériver des nombres de plus en plus élevés de cellules de Schwann saines à partir de nerfs humains habituellement retirés lors d'opérations.

Xe MEETING DU PROJET MYELINE

Le British Trust for the Myelin Project a accueilli magnifiquement la Xe réunion annuelle du Groupe de travail du Projet Myéline, réunion qui s'est tenue à Londres du 30 septembre au 3 octobre. Le Dr Ian Duncan de l'Université de Wisconsin-Madison, président de la réunion, a fait une présentation très soigneusement préparée et magistralement exposée pour commémorer le 10e anniversaire du Projet Myéline. Il a centré son exposé sur la formidable avancée des recherches sur la remyélinisation au cours des dix dernières années grâce, en grande partie, au Projet Myéline - sentiment partagé par les autres participants.

Le Dr Duncan a signalé les progrès rapides réalisés à l'Unité de culture de cellules du Projet Myéline à l'Université de Wisconsin-Madison : le Dr Su Chun Zhang continue à produire des cultures aux pourcentages toujours plus élevés de précurseurs d'oligodendrocytes (PO) humains. (Comme vous le savez, lesoligodendrocytes sont les cellules qui myélinisent normalement le SNC. Si l'on pouvait en obtenir une quantité suffisante, ce serait une solution autre que les cellules de Schwann pour la transplantation.) De plus, en collaboration avec les Instituts Nationaux de la Santé, cette unité a mis au point une méthode permettant de pister les PO transplantés par IRM, les cellules étant marquées par des particules de fer.

Dans une expérience récente, l'équipe du Dr Baron-Van Evercooren a réussi à remyéliniser jusqu'à 55 % des nerfs dans des lésions de moelle épinière d'un singe en transplantant les propres cellules de Schwann de ce singe. Ces premiers résultats positifs n'ont toutefois pas été confirmés lors d'essais suivants. Elle a le sentiment que les marqueurs viraux utilisés pour repérer les cellules transplantées ont provoqué leur mort. Elle va essayer de nouveau sans marqueur viral, et elle espère arriver à des résultats positifs avant la fin de cette année. En cas de succès, cette expérience prouverait par elle-même que la remyélinisation du SNC est faisable chez les animaux supérieurs et donnerait le "feu vert" à l'essai sur l'Homme à Yale.

Plusieurs chercheurs ont parlé de la manière dont ils injectaient des cellules formatrices de myéline dans les ventricules (cavités du cerveau remplie de liquide cérébro-spinal) d'animaux expérimentaux et de la manière dont ces cellules étaient transportées par le liquide dans toutes les zones du cerveau. Ceci est une bonne nouvelle pour les patients dont le SNC est atteint de démyélinisation générale (ex : leucodystrophies) ou de lésions multifocales (ex : SEP).

CELLULES SOUCHES NEURALES : UNE NOUVELLE PISTE ?

Présents à une réunion du Groupe de travail pour la première fois, le Dr Oliver Brüstle de l'Université de Bonn et le Dr Evan Snyder de Harvard ont décrit leur travail sur les cellules souches embryonnaires et neurales (CSN) - objets de l'attention des médias cette année.

Les cellules souches neurales (CSN) sont des cellules totipotentes qui se renouvellent d'elles-mêmes, capables de se différencier en tous les types principaux de cellules neurales, y compris, les oligodendrocytes. Une de leurs propriétés les plus importantes et potentiellement avantageuses est qu'elles ont tendance à réagir aux signaux dans l'environnement du SNC. Dans les maladies du SNC, ces signaux ont une double action. Premièrement, ils guident les cellules jusqu'aux zones détériorées. Deuxièmement, ils sont à l'origine de leur différenciation en type de cellule spécifique nécessaire pour la réparation des neurones pour les maladies des nerfs (ex : Parkinson) et en oligodendrocytes pour tous les troubles de la myéline (ex : leucodystrophies et SEP).

Les CSN sont typiquement d'origine foetale mais on en a également trouvé dans le cerveau adulte. On peut multiplier ces CSN indéfiniment en cultures pour en faire une lignée "immortelle" de cellules. Elles pourraient ainsi fournir une source inépuisable de cellules formatrices de myéline, supprimant la nécessité de les obtenir à partir de tissu frais. Plusieurs centres de recherche testent actuellement les CSN humaines pour vérifier leur innocuité, en particulier pour exclure tout risque qu'elles deviennent cancéreuses.

Si les résultats de ces tests sont favorables, il y aurait alors des stratégies possibles de réparation de la myéline "à double détente". Des CSN seraient injectées dans le système ventriculaire où le liquide cérébro-spinal les entraînerait dans toutes les parties du SNC. Les signaux locaux entreraient alors en jeu et guideraient les cellules jusqu'aux zones de démyélinisées bien précises.

AUTRES RECHERCHES

Cellules olfactives engainantes

Le Dr Robin Franklin de l'Université de Cambridge continue ses recherches parrainées par le Projet Myéline sur les cellules olfactives engainantes, un troisième type de cellules productrices de myéline. Il a également mis au point une nouvelle technique pour démyéliniser cette zone du cerveau du rat qui relie le cervelet au tronc cérébral. Il a ensuite remyélinisé cette zone par transplantation de cellules de Schwann de rat, ce qui est une preuve supplémentaire en faveur de la transplantation de cellules de Schwann comme moyen de réparation des lésions de la myéline du SNC.

Progestérone

Le Pr Etienne-Emile Baulieu et son équipe à l'hôpital Bicêtre collaborent avec les Drs Baron-Van Evercooren et Franklin sur les études précliniques en préparation en vue d'un essai sur l'Homme afin de tester les propriétés remyélinisantes de la progestérone.

Lovastatine

Le Dr Inderjit Singh de l'Université Médicale de Caroline du Sud a fait part de ses derniers résultats concernant l'emploi de la lovastatine pour les troubles de la myéline. Ce médicament corrige l'anomalie biochimique de l'adrénoleucodystrophie en abaissant les taux d'acides gras à très longue chaîne dans le plasma.

Bien que l'effet de la lovastatine sur les symptômes neurologiques de cette maladie ou d'autres maladies n'ait pas encore été démontré, les études préliminaires avec un modèle animal de SEP ont confirmé que la lovastatine était capable de bloquer l'induction de cytokines, des substances responsables de l'inflammation du SNC.

2000 : UNE ANNÉE CRUCIALE

La dernière année du XXe siècle sera cruciale pour nos recherches. Nous vous sommes très reconnaissants de votre soutien alors que nous nous efforçons de terminer le millénaire par un coup d'éclat : trouver des traitements efficaces pour tous ceux qui souffrent de troubles de la myéline, enfants comme adultes.

Nous tous, au Projet Myéline, vous adressons nos voeux les plus chaleureux, à vous et à ceux qui vous sont chers, pour cette période de fêtes et pour la nouvelle année.