Retour accueil
|
|
|
 
 
• Rapport annuel 2000

[Retour au sommaire]

par Augusto Odone, président du Projet Myéline
Traduction : Jacqueline Dee-Klis.

 

I. Introduction et résumé
II. Le point sur les recherches
III. XIe rencontre du Projet Myéline
IV. Financement des recherches
V. Projets et stratégies

 

I. Introduction et résumé

L 'étude clinique de l'Université de Yale (USA) pour la transplantation de cellules de Schwann chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP) qui devait commencer au mois de septembre 2000 a rencontré des difficultés passagères. Les événements ont pris un tour nouveau car l'IRB de Yale retire l'autorisation initialement accordée au mois de mai dernier pour la conduite de l'étude clinique. Cette instance demande désormais l'avis d'un chercheur indépendant, c'est-à-dire un scientifique travaillant en-dehors du Groupe de Travail du Projet Myéline, avant de donner son accord. Cette démarche prendra du temps et il est peu probable que la procédure de transplantation démarre avant l'an 2001. Inutile de dire que nous sommes confus à l'idée de vous faire part de ce nouvel ajournement d'un essai présenté dans nos articles précédents comme étant "une affaire réglée". Soyez certains, cependant, de notre volonté ferme de voir aboutir ces essais.

Nous avons reçu de la part du Dr Allan Levi une proposition pour mener une étude clinique qui a pour objet la transplantation de cellules de Schwann autologues dans la moelle épinière de trois patients atteints de SEP. Cette proposition a été formulée lors d'une réunion lancée et financée par le Projet Myéline à Yale qui a réuni des chercheurs du Projet de Miami, des membres de l'équipe de Yale et du Groupe de Travail du Projet Myéline. L'objectif principal de cette réunion était de mettre au point des stratégies de transplantation mais la rencontre a également permis de préparer le terrain pour une collaboration étroite entre les participants.

Le Dr Annick Baron-Van Evercooren de l'Hôpital de la Salpêtrière à Paris a pratiqué la transplantation autologue de cellules de Schwann dans la moelle épinière chimiquement démyélinisée de quatre singes. Une étude postopératoire a révélé la formation de nouvelle myéline dans la moelle épinière des primates.

Dans une série d'expériences croisées (entre espèces) à Cambridge (GB), le Dr Robin Franklin a démontré que les cellules olfactives engainantes ont la capacité de remyéliniser les axones démyélinisés lors de transplantation chez les modèles de rat dont le système nerveux central (SNC) a été démyélinisé.

Le Dr Ian Duncan et ses collaborateurs à l'Université de Wisconsin-Madison (USA) ont réussi à transformer les cellules souches embryonnaires (qui ont la capacité de se différencier en tous les types principaux de cellules) en cellules neurales précurseurs. A terme, ils espèrent pouvoir guider ces cellules vers une transformation en oligodendrocytes.

L'équipe du Dr Michael Schumacher de l'Inserm U488 au Kremlin-Bicêtre a fait avancer son projet de tester chez les patients atteints de SEP un dérivé de progestérone qui amènerait les cellules de Schwann et les oligodendrocytes à produire de la myéline. Ils effectuent actuellement une série d'études précliniques pour identifier un dérivé précis de progestérone qui ne présente aucun risque pour les patients suivant le traitement.

L'ensemble des expériences menées par les Drs Baron, Franklin, Duncan et Schumacher est parrainé par le Projet Myéline. Pour conclure, le Dr Inderjit Singh et le Dr Timothy Vollmer, conviés au départ à la ixe rencontre du Groupe de Travail du Projet Myéline à Nice, ont pris la décision de lancer une étude clinique sur plusieurs sites pour évaluer l'efficacité du médicament Simvastatin en tant que traitement chez les patients atteints de SEP. Le Projet Myéline contribuera au financement de cette étude en collaboration avec la société pharmaceutique Merck.

Qu'est-ce que l'IRB ?

Institutional Review Board : littéralement, Comité de Révision Institutionnel. Un IRB est une commission rattachée à une institution médicale qui est chargée de contrôler la conformité des essais sur l'homme aux principes éthiques. Composés essentiellement de membres de facultés de médecine qui se portent volontaires, les IRB à l'échelle locale ont autorité pour approuver, exiger des modifications ou désapprouver tout projet de recherche. Les Instituts Nationaux de la Santé ont décidé de renforcer les contrôles des activités des IRB à la suite de rapports récents dénonçant des infractions au règlement en matière de recherches cliniques commises par certains chercheurs américains. Dans ce nouveau contexte, les IRB se montrent plus réticents à approuver les études cliniques. Cette attitude plus circonspecte est une des raisons du retard du lancement de l'étude de transplantation de cellules de Schwann à l'Université de Yale.

 

II. Le point sur les recherches

Recherches dans le domaine de la transplantation

a) L'étude de Yale

L'étude concernant la transplantation de cellules de Schwann est en suspens. L'IRB de Yale doit se réunir de nouveau dans les semaines qui viennent après avoir reçu les recommandations de l'expert indépendant. Ce contretemps préoccupant nous déçoit tous. Ajoutons à cette frustration le risque de voir gâcher tout le travail précieux de préparation de l'étude en cas d'ajournement du projet, sans parler de l'effet néfaste d'une telle décision pour la recherche sur la remyélinisation à Yale et ailleurs. Pendant la période de préparation des essais sur l'Homme, l'équipe de transplantation à Yale a dû régler plusieurs problèmes complexes. Ils ont été amenés, par exemple, à mettre au point une procédure pour maximiser la récolte de cellules de Schwann à partir de tissus frais. A la suite de plusieurs essais à partir de membres amputés et de tissus d'autopsies, l'équipe a mis au point une procédure, avec l'aide du Dr Woods et de ses collaborateurs au Projet de Miami, qui produira régulièrement entre 5 et 10 millions de cellules de Schwann viables lorsqu'elle est pratiquée sur le nerf sural de patients atteints de SEP.

L'équipe a travaillé en collaboration avec le Dr Edward Worth de l'Université de Floride (USA) pour développer les techniques d'imagerie capables de déceler toute formation de nouvelle myéline chez les patients opérés. L'équipe a également mobilisé les compétences du Dr Cedric Raine (Albert Einstein College of Medicine [USA]), spécialiste en neuropathologie, pour l'analyse des biopsies cérébrales pratiquées sur les patients.

>Un dilemme auquel l'équipe deYale a dû faire face concernait la nécessité d'écraser le nerf sural du patient une ou deux semaines avant la transplantation ; une étape qui permettrait, d'après quelques chercheurs, d'augmenter la récolte de cellules de Schwann. Les expériences sur les primates menées à Yale et à Miami démontrent cependant qu'écraser le nerf sural n'apporte rien au niveau du nombre de cellules obtenu. Par conséquent, la décision a été prise d'éliminer l'étape d'écrasement du nerf prévue dans le protocole d'origine. Le nerf sural du patient fera donc simplement l'objet d'une biopsie un jour avant l'implantation chirurgicale des cellules de Schwann.

Le dépistage et la sélection de candidats aux essais ont demandé beaucoup de temps. En raison du suivi post-opératoire intensif nécessitant de la part des patients de fréquents examens médicaux, l'équipe a décidé de ne recruter que des patients atteints de SEP habitant à proximité de Yale. En plus de l'ensemble des critères de sélection présentés dans les comptes-rendus précédents, ce critère a permis de limiter considérablement le choix des candidats. Vu les résultats positifs obtenus lors des études précliniques menées jusqu'ici, nous considérons la remise en cause de la décision initiale prise par l'IRB comme étant non justifiée. Nous leur avons donc adressé un courrier pour exprimer notre désaccord avec leur nouvelle prise de position. Nous avons fait remarquer, entre autres choses, que le projet de transplantation de cellules de Schwann chez les patients atteints de SEP a été examiné au départ dans le cadre d'une réunion collective parrainée par le Projet Myéline au mois de juin 1998, à Leesburg en Virginie (USA). Ce projet a fait l'objet d'un nouvel examen lors d'une deuxième réunion parrainée par le Projet Myéline qui s'est tenue au mois de février 2000 au Centre de Recherches des SEP à Yale. L'avis autorisé de l'ensemble des éminents chercheurs et cliniciens ayant assisté aux deux réunions et venant de différents instituts médicaux du monde entier aurait dû suffire pour chasser les incertitudes vis-à-vis de l'étude clinique. En avalisant le programme de transplantation du Dr Vollmer, les spécialistes ayant participé aux réunions ont conclu que l'étude clinique proposée pour les patients atteints de SEP présenterait des avantages potentiels énormes tout en minimisant les risques du côté des patients. Si la procédure devait prouver que les cellules implantées peuvent survivre et migrer vers le système nerveux central du patient afin de produire de la myéline fonctionnelle, cette avancée permettrait de dynamiser toutes les recherches dans le domaine de la transplantation neurale et préparerait le terrain pour un traitement efficace de la SEP et d'autres maladies démyélinisantes. Ces prises de position semblent bien correspondre aux principes présentés dans le Rapport Belmont en matière de protection des sujets de recherche humains. Ce rapport soutient la conduite d'études présentant des risques minimes si elles offrent des avantages à l'ensemble des patients atteints de la maladie en question, même si une amélioration de l'état des sujets de l'étude est peu probable. Cependant, notre courrier n'a pas obtenu l'effet désiré et, actuellement, l'étude de Yale reste en suspens en attendant l'examen de l'expert indépendant.

b) Autres études de transplantation

Le premier objectif visé par l'étude proposée par le Dr Allan Levi est d'évaluer la sécurité de la procédure de transplantation autologue de cellules de Schwann multipliées en culture dans la moelle
épinière de patients atteints de SEP.
Un deuxième objectif consiste à s'assurer de la survie de ces cellules et de leur capacité à réparer les axones démyélinisés de la moelle épinière. Au cours de son étude, le Dr Levi recevra l'aide d'autres scientifiques et médecins renommés du Projet de Miami, tous spécialistes des lésions du système nerveux central et de la réparation de celles-ci, dont les Drs Mary Bungie, Patrick Wood et Naomi Kleitman. Nous avons fait circuler la proposition du Dr Levi parmi les membres du Groupe de Travail et nous sommes en train d'analyser leurs remarques à ce sujet.

Recherches sur les animaux

Au cours de son étude des cellules olfactives engainantes (OEC), le Dr Robin Franklin a établi que les OEC prélevées dans le bulbe olfactif d'un sujet humain à l'âge adulte sont capables de remyéliniser des axones démyélinisés après avoir été transplantées chez des modèles de rat dont le SNC avait été démyélinisé. Il a également pu démontrer que la réaction des OEC humaines ressemble sensiblement à celle des OEC des rongeurs. Les expériences menées avec des cellules de rat, qui sont faciles à obtenir pour des besoins de recherche scientifique, peuvent être de bonnes indications sur la façon dont les OEC humaines vont réagir à la suite de la transplantation dans le SNC de patients. Actuellement, le laboratoire du Dr Franklin s'attaque à des tests qui permettront de définir si les OEC transplantées aboutissent à une plus grande zone de remyélinisation que la transplantation de cellules de Schwann dans un milieu riche en astrocytes (plusieurs chercheurs estiment que les astrocytes limitent la capacité de remyélinisation des cellules de Schwann.)

Le laboratoire du Dr Ian Duncan poursuit son travail sur la transplantation intra-ventriculaire de cellules gliales. Comme nous l'avons déjà signalé dans des comptes-rendus précédents, plusieurs laboratoires, dont celui du Dr Duncan, ont signalé que les cellules gliales injectées dans le système ventriculaire du cerveau ont été transportées par le liquide cérébro-spinal dans toutes les zones du cerveau. Il est évident que la transplantation de cellules gliales offre des possibilités pour le traitement de patients dont le SNC est atteint de démyélinisation générale ou de lésions multifocales. En ce moment, le laboratoire du Dr Duncan mène une étude comparative des propriétés migratoires et myélinisantes de cellules primaires (c'est-à-dire prélevées directement sur le rat) et de cellules multipliées en culture lors de transplantation de celles-ci dans les ventricules latéraux de rats et de souris ayant un déficit de myéline.

Le Dr Annick Baron-Van Evercooren a continué ses essais sur la transplantation autologue de cellules de Schwann dans la moelle épinière du primate. Dans sa dernière expérience, elle a transplanté des cellules repérables par des marqueurs rétroviraux dans la moelle de quatre animaux dont la démyélinisation avait été au préalable provoquée en injectant un produit chimique qui détruit la myéline. Au bout de 6 semaines, il a été possible de visualiser par électromicroscopie une zone bien distincte de myéline périphérique qui engainait une quantité importante d'axones. En revanche, aucune remyélinisation n'a été relevée chez les primates dans le groupe de contrôle ayant subi la démyélinisation à partir du même produit chimique mais n'ayant pas subi la transplantation de cellules de Schwann. Le Dr Baron a le sentiment qu'elle arrivera à des résultats encore plus positifs si elle utilise un marqueur différent, tel que l'uridine bromolaté (BrdU)à la place des marqueurs rétroviraux qui semblent provoquer la mort des cellules. Son laboratoire prépare une série de cellules de Schwann marquées par le BrdU en vue d'une transplantation dans deux primates supplémentaires.

Nous avons mis à la disposition du Dr William Blakemore deux mutants de rats démyélinisés : un Long Evans Shaker et un Taiep. Le Dr Blakemore a réussi à créer des colonies à partir des deux mutants dans son laboratoire de Cambridge. Une série d'expériences menées avec les Shakers a permis de prouver que les oligodendrocytes « hôtes » entrent en contact avec les axones de façon à empêcher les cellules transplantées de faire leur travail de remyélinisation. En ce qui concerne les Taieps, les essais de transplantation seront pratiqués lorsque les rats auront un an, il devrait y avoir à ce moment-là une quantité suffisante d'axones démyélinisés pour envisager la remyélinisation à partir de précurseurs d'oligodendrocytes.

Le Dr Hans Althaus à l'Institut Max Plank für Experimental Medezin (D) poursuit ses recherches sur le cochon nain en tant que modèle pour les maladies humaines démyélinisantes. Le Dr Althaus se sert pendant ses essais de protéines basiques de la myéline (MBP) comme agent de démyélinisation. Comparés à d'autres agents du même type, les MBP présentent l'avantage de provoquer des lésions plus importantes (permettant ainsi une meilleure visualisation IRM/SPECT de toute activité de démyélinisation ou de remyélinisation.) Ces lésions ressemblent de plus près à celles observées pour les SEP et autres maladies démyélinisantes. Le Dr Althaus étudie également les propriétés myélinisantes de deux types de cellules chez le cochon nain : les cellules neurales ftales et les cellules souches adultes prélevées sur la paroi ventriculaire du cerveau. Etant donné la ressemblance entre le système neural du cochon et celui de l'être humain, les informations obtenues à partir de ces essais seront certainement très utiles pour la conception de futurs traitements des maladies humaines démyélinisantes.

Multiplication des cellules

A l'Unité de culture de cellules du Projet Myéline à l'Université de Wisconsin-Madison (USA), les Drs Ian Duncan et Su-Chun Zhang ont identifié un marqueur (facteur de croissance dérivé des plaquettes) qui leur permet de pister l'évolution des précurseurs d'oligodendrocytes humains in vitro. En outre, ils ont découvert que le développement d'oligodendrocytes humains nécessite la présence d'autres types de cellules telles que les neurones et les astrocytes.

A partir de ces résultats, le groupe de Madison met actuellement au point de nouvelles stratégies pour enrichir les cellules progénitrices afin de produire des cultures toujours plus élevées d'oligodendrocytes fonctionnels.

Le Dr Zhang étudie l'utilité des cellules souches embryonnaires (CSE) en tant qu'autre source de cellules myélinisantes. Les CSE sont capables de se différencier en tous les types de cellules du corps humain. Cependant, avant de pouvoir produire de la myéline, ces cellules doivent d'abord se transformer en cellules neurales pour ensuite devenir des cellules capables de produire de la myéline, c'est-à-dire des oligodendrocytes ou des cellules de Schwann. Au cours de ces derniers mois, il a réussi à faire transformer les CSE en cellules neurales précurseurs. Il s'agit maintenant de trouver les moyens de passer à la deuxième étape citée ci-dessus. Le Dr Zhang, directeur des recherches sur les CSE, nous a récemment fait part de sa décision de quitter l'Unité pour s'installer dans son propre laboratoire à la Faculté de Médecine qui se trouve également au sein de l'Université de Wisconsin-Madison, où il poursuivra son travail sur ces cellules.

Produits chimiques

Le Dr Michael Schumacher, de l'Inserm U488 au Kremlin-Bicêtre, poursuit ses recherches dans le domaine de la génétique moléculaire pour découvrir comment fonctionnent les propriétés remyélinisantes de la progestérone. L'équipe a établi les différences entre le récepteur de la progestérone des cellules gliales et des cellules reproductrices. Si les chercheurs arrivent à définir de manière précise la séquence nucléotide du récepteur de la progestérone des cellules gliales, cette avancée pourrait déboucher sur l'identification d'un dérivé de progestérone spécifique qui pourra stimuler la production de myéline sans provoquer des effets secondaires nocifs au système de reproduction ou aux organes sexuels secondaires.
Le Dr Schumacher a entre temps entrepris les préparatifs nécessaires à des essais cliniques pour tester ses théories sur l'effet de la progestérone chez les patients atteints de SEP. A cette fin, il collabore avec deux neurologues éminents, le Pr Lyon-Caen (service de Neurologie à l'Hôpital de la Salpêtrière à Paris) et le Pr Confavreux (service de Neurologie à l'Hôpital de l'Antiquaille à Lyon).

Les Drs Inderjit Singh et Vollmer travaillent en collaboration pour mettre en place une étude clinique du médicament simvastatin qui baisse le taux de cholestérol afin de tester sa capacité à limiter les symptômes de la SEP et éventuellement à bloquer la progression de la maladie. Les centres qui participeront à l'étude sont la Faculté de Médecine de Caroline du Sud, l'Institut de la Santé à l'Université de Colorado et la Faculté de Médecine de l'Université de Yale. Chaque centre choisira 10 patients présentant des lésions cérébrales évolutives. Les patients participant aux essais qui doivent commencer au mois de décembre 2000 prendront le médicament par voie orale tous les jours pendant 6 mois ; une série d'examens IRM est prévue pendant cette période pour mesurer toute réduction ou transformation des lésions.

L'étude est établie à partir des recherches effectuées précédemment par le Dr Singh qui ont démontré la capacité des statines à bloquer la mise en route de cellules du système immunitaire qui fabriquent différents produits toxiques provoquant une détérioration de la myéline chez les patients atteints de SEP. L'équipe a effectué une série d'expériences en préparation à cette étude où une maladie du même genre que la SEP, l'encéphalite allergique expérimentale (EAE), a été déclenchée chez le rat par injection de protéines dérivées de la myéline telles que la protéine basique de la myéline. Les résultats de ces expériences sont très nets : les rats sous simvastatin se sont rétablis rapidement alors que les rats dans le groupe de contrôle ont vu leur état empirer et ont fini par mourir. Espérons que les chercheurs pourront obtenir les mêmes résultats chez les patients atteints de la SEP que ceux obtenus chez le modèle rat EAE.

 

III. XIe rencontre du Projet Myéline

Les participants à la réunion n'ont pas signalé d'avancées importantes dans leurs recherches autres que celles décrites ci-dessus. En tant que représentants des patients, nous avons souligné le besoin à ce stade du Projet de revoir les stratégies d'attribution de subventions. Bien que nos conventions stipulent que notre organisation financera uniquement les projets qui aboutiront à des traitements, jusqu'à l'heure actuelle, le Projet Myéline a financé des recherches fondamentales sur des modèles animaux ainsi que les études de culture de cellules. Ayant passé tant d'années à recueillir des données à partir d'expériences in vitro et sur les animaux, le moment est arrivé où il va falloir traduire ces informations en essais cliniques.

Nous avons déjà expliqué que la branche non scientifique du Projet Myéline n'est pas du tout contre la recherche fondamentale ; toutefois, nous estimons que le financement de recherches fondamentales devrait être pris en charge par des autorités gouvernementales ou par de grandes organisations. Les membres du Projet Myéline s'intéressent moins à leur contribution éventuelle aux progrès scientifiques théoriques ou à l'élaboration par les chercheurs de traitements qui bénéficieront aux générations futures. Leurs préoccupations portent plutôt sur les recherches qui permettront de découvrir des traitements qui allégeront leurs souffrances ou celles de leurs êtres chers. Bref, le court terme prime sur le long terme. Alors que certains membres du Groupe de travail semblaient accepter ce point de vue, d'autres ne le partageaient pas.

Un autre sujet de discussion à cette réunion concernait la meilleure manière d'évaluer les risques et avantages d'essais sur l'Homme. Tout le monde était
d'accord sur le principe éthique que les études envisagées doivent comporter des risques minimes pour les sujets conformément au principe d'Hippocrate : "d'abord, ne pas nuire" (primum non nocere). Mais qu'en est-il des avantages potentiels ? Faut-il les évaluer uniquement en fonction des sujets participant aux essais ou, tel que nous le pensons, selon les bénéfices apportés à la société toute entière ? Les participants n'ont pas trouvé de consensus quant à la réponse à cette question.

 

IV. Financement des recherches

Les tableaux I et II montrent que nous avons consacré à la recherche pour l'année 1999 la somme de 803 000 $ US dont plus de 546 000 $ US en direction des membres du Groupe de Travail pour financer leurs expériences. Des dépenses supplémentaires pour la recherche concernent la rencontre annuelle du Groupe de Travail à Londres en octobre 1999. Les frais de communication représentent une part importante des dépenses consacrées à la recherche, surtout au siège du Projet Myéline à Washington DC. En tant que bureau central de coordination, le siège doit faire circuler les articles rédigés par les membres du Groupe de Travail dès leur réception, souvent par distribution expresse. De plus, nous avons organisé plusieurs téléconférences entre chercheurs pour coordonner leurs activités et pour une prise de décision rapide. Nos frais administratifs (16 %) représentent un pourcentage des recettes
nettement inférieur à celui de la grande majorité des organisations à but non lucratif.

Le tableau III présente les expériences financées pour les six premiers mois de cette année.

Tableau I - Données financières par section (en milliers de dollars US)

Total

Fonds au 01/01/1999*

26,7

64,7

98,0

62,6

393,7

256,0

901,7

Recettes

81,4

109,9

87,4

16,3

235,9

536,4

1 067,3

Dépenses

56,0

159,5

81,4

55,8

355,9

422,5

1 131,1

dont
- recherche

48,0

122,9

32,8

52,8

249,5

297,3

803,3

- information

5,9

10,2

13,6

1,4

57,8

71,4

160,3

- administration

2,1

26,4

35,0

1,6

48,6

53,8

167,5

Fonds au 31/12/1999

52,1

15,1

104,0

23,1

272,7

369,9

837,9


* Nous avons mis à jour ces chiffres pour refléter la baisse des monnaies européennes par rapport au dollard US durant 1999. Ceci explique la différence entre les fonds disponibles au 31/12/1998 (rapportés dans notre rapport annuel de mai 1998) et les fonds disponibles au 01/01/1999.

Tableau II - Expériences financées en 1999 (en milliers de dollars US)

Directeur de recherche Sujet Financement

Montant

H. Althaus Modèle de transplantation mini cochon D, CH, USA

47,5

A. Baron-Van Evercooren Transplantation chez la primate F

20,0

W. Blakemore Rats Taïeps USA

7,5

M. Cappa Recherche ALD USA

20,0

I. Duncan Unité de cultures de cellules de Madison GB, USA

142,0

R. Franklin Cellules olfactives engainantes GB

62,2

S. Rehncrona Unité de cultures de cellules de Lund F, CH, USA

110,0

Unité de cultures de cellules de Lund Thérapie génique USA

48,0

T. Vollmer Etudes précliniques pour des essais chez l'Homme USA

89,0

546,2

Tableau III - Expériences financées en 2000 (au 30 juin 2000 - en milliers de dollars US)

Directeur de recherche Sujet Financement

Montant

H. Althaus Modèle porcin pour transplantation CH

15,8

M. Cappa Recherche ALD USA

16,4

I. Duncan Etude intra-ventriculaire GB

31,9

R. Franklin Cellules olfactives engainantes GB

29,4

M. Schumacher Dérivés de progestérone F

22,1

T. Vollmer Etudes précliniques pour des essais chez l'Homme USA

52,7

168,3

 

V. Projets et stratégies

Après avoir écouté les différents points de vue formulés à la XIe rencontre annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline, nous proposons d'adopter les directives suivantes pour le financement de recherches futures :
- le Projet Myéline respectera les engagements actuels sans tenir compte du type d'expérience en question ;
- le Projet Myéline apportera son soutien aux essais cliniques qui concernent la transplantation de cellules formatrices de myéline ou l'utilisation de traitements thérapeutiques ;
- le Projet Myéline financera à l'avenir uniquement les expériences sur les animaux et in vitro qui entrent dans la catégorie des essais précliniques, c'est-à-dire les expériences qui ont des chances d'aboutir aux essais cliniques soit directement, soit à court terme. Dans cette catégorie, le Projet Myéline donnera la priorité aux propositions formulées par des auteurs qui ont déjà établi des collaborations avec une équipe médicale compétente et volontaire pour la mise en pratique sur le plan clinique des résultats de leurs recherches.
- le Projet Myéline déboursera les fonds à mesure que les recherches avanceront ; ce fonctionnement tranche sur les pratiques de certaines fondations caritatives qui versent en une fois des bourses qui couvrent l'ensemble des frais prévus pour mener l'expérience en question.

Conformément à ces directives, le Projet Myéline a l'intention de :
- poursuivre le financement de l'essai de Yale dès que l'IRB aura donné le feu vert ; notre subvention sera payée en plusieurs versements, chaque versement se fera une fois que l'on aura accompli des avancées significatives dans les recherches.
- financer l'expérience intra-ventriculaire à l'Université de Wisconsin-Madison suivant les engagements déjà pris.
- parrainer l'Unité de culture de cellules de Wisconsin-Madison jusqu'au mois de décembre 2000. Après cette date, nous avons l'intention de mettre fin à notre parrainage de l'Unité. Les Instituts Nationaux de Santé (NIH) viennent de publier des directives en ce qui concerne les recherches sur les cellules souches et financera, quoique de manière sélective, les recherches dans ce domaine. Cette prise de position du NIH a incité des dizaines de laboratoires américains à se lancer dans les recherches sur les cellules souches ce qui signifie que ce domaine est de plus en plus saturé. En outre, le
chercheur à la tête de cette unité spécialisée dans les cellules souches, le Dr Su-Chu Zhang, nous a récemment fait part de son intention de monter son propre laboratoire dans un autre institut au sein de l'Université. Dans ces conditions, la poursuite du parrainage de l'Unité de culture de cellules ne représente pas la meilleure façon d'utiliser les ressources limitées du Projet Myéline.
- prolonger de six mois supplémentaires notre soutien à l'expérience menée sur le singe à la Salpêtrière, ce qui permettra aux chercheurs de s'occuper des détails qui restent à régler concernant les études menées jusqu'ici.
- contribuer au financement de l'étude des aspects immunologiques du processus inflammatoire qui se produit chez les patients atteints de SEP qui participent aux essais sur le simvastatin dans les différents centres.
- parrainer l'expérience du Dr Murphy qui cherche à savoir si l'Huile de Lorenzo traverse la barrière hématoencéphalique. Si tel n'est pas le cas, il voudrait mettre au point une stratégie afin que l'huile passe cette barrière.

Nous récapitulons dans le tableau IV nos besoins estimés jusqu'au 31 décembre2001.

 

Tableau IV - Récapitulatif de nos besoins approximatifs (en milliers de dollars US)

a) Engagements actuels

H. Altaus Modèle porcin pour transplantation

15,5

A. Baron-Van Evercooren Trasnplantation chez le primate

40,0

I. Duncan Unité de culture de cellules

27,0

I. Duncan Etude intra-ventriculaire

55,5

M. Schumacher Dérivés de progestérone

20,0

T. Vollmer Essais sur l'Homme, cellules de Schwann

332,9

Total des engagements en cours

409,9

b) Nouvelles activités

i) Recherches

Assimilation de l'acide érucique chez le rat

60,0

Marqueurs immunologiques dans l'essai clinique de Simvastatin

50,0

Eventualités

100,0

Rencontres, communication...

60,0

Total pour la recherche

270,0

ii) Autres

Information

180,0

Administration

170,0

Total autres

350,0

TOTAL GENERAL

1 110,9

 

Nous tous au Projet Myéline, vous adressons nos voeux les plus chaleureux, à vous et à votre famille, pour cette période de fêtes et pour la nouvelle année.

Augusto Odone,
Président du Projet Myéline international