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• Rapport moral 1998 du Projet Myéline international

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par Augusto Odone, président du Projet Myéline -
Traduction : Andrée Horel.

1998 a été une année passionnante pour le Projet Myéline et 1999 promet de l'être davantage encore.

A la suite de la réunion de consensus qui s'est tenue en juin dernier à Leesburg (Virginie - USA), le Dr Timothy Vollmer de la Yale University School of Medicine a mis au point son protocole de transplantation chez l'Homme de cellules formatrices de myéline. L'expérimentation phase I consisterait à transplanter des cellules de Schwann dans le système nerveux central (SNC) de cinq patients atteints de sclérose en plaques, chacun recevant deux transplantations à 3 mois d'intervalle. Ces patients seraient sous dose maximale tolérable de ß-interferon et seraient atteints d'un handicap sévère (6,5 ou davantage sur l'échelle de handicap EDSS). Ces transplantations seraient autologues, c'est-à-dire qu'on utiliserait les cellules de Schwann du système nerveux périphérique (SNP) du patient lui-même. Les résultats seraient évalués par IRM et par un suivi d'études cliniques, comportementales et électrophysiologiques.

Le Dr Jeffrey Kocsis, de Yale également, a déjà commencé les études précliniques nécessaires pour montrer l'innocuité des procédés de transplantation chez des primates démyélinisés artificiellement. La présomption sous-jacente est que si ces procédés sont inoffensifs pour le singe, ils le seraient également chez l'Homme.

Les Unités de culture de cellules de Lund (Suède) et de Madison (Wisconsin - USA) se rapprochent de plus en plus de leur but qui est d'obtenir un nombre suffisant de cellules humaines productrices de myéline transplantables de la lignée des oligodendrocytes. Le Dr Su-Chun Zhang, qui travaille avec le Dr Ian Duncan à Madison, a obtenu des résultats particulièrement bons en créant des lignées de cellules de précurseurs que l'on peut amener à former des oligodendrocytes.

 

TRANSPLANTATIONS

Le Dr Kocsis a récemment transplanté des cellules engainantes du bulbe olfactif (OEC) de porc chez des rats et des singes démyélinisés et obtenu des quantités non négligeables de remyélinisation. Le nerf olfactif, nous le savons, transmet l'odorat au cerveau ; les OEC sont des cellules gliales que l'on trouve dans ce nerf. Les porcs ont subi des modifications génétiques par Alexion Pharmaceuticals (usine de biotechnologie à New Haven, Connecticut [USA]) afin que leurs cellules risquent moins d'être rejetées lors de leur transplantation chez l'Homme. Le fait que l'on dispose d'OEC de porc transplantables dans le SNC humain peut parer à la difficulté d'obtenir des quantités importantes de telles cellules en provenance de patients.

Dans une autre étude de transplantation inter-espèces, dont est co-auteur le Pr Monique Dubois-Dalcq de l'Institut Pasteur, membre du Groupe de travail, les cellules précurseurs neuronales humaines (c'est-à-dire des cellules pluripotentes qui peuvent se différencier en neurones, oligodendrocytes et astrocytes) ont été transplantées avec succès dans toutes les parties du cerveau où elles se sont facilement incorporées aux tissus neuronaux du rat. De nombreuses cellules qui avaient migré ont été trouvées dans la substance blanche, ce qui suggère une différenciation en oligodendrocytes et une formation de myéline. Le succès de la transplantation intraventriculaire donne espoir aux patients atteints de démyélinisation très importante.

Poursuivant son étude sur les effets de la progestérone, l'équipe du Pr Etienne-Emile Baulieu, au Collège de France, a bien avancé vers le clonage du récepteur de la cellule gliale qui est propre à la progestérone. Ceci permettrait d'identifier un dérivé de la progestérone qui ciblerait de manière sélective les cellules formatrices de myéline, évitant ainsi les éventuels effets secondaires entraînés par l'administration de progestérone pure.

 

DES SOURIS ET DES HOMMES

Jusqu'à récemment, la souris knock-out ALD, créée par les chercheurs de l'Institut Kennedy-Krieger de Baltimore (USA), exprimait l'anomalie biochimique de la maladie, c'est-à-dire des taux élevés d'acides gras à très longue chaîne (AGTLC), mais pas ses symptômes neurologiques. Récemment cependant, en collaboration avec des scientifiques de l'hôpital Saintt-Vincent-de-Paul à Paris sur des études en partie financées par le Projet Myéline, les chercheurs de l'Ins-titut Kennedy-Krieger ont réussi à rendre les souris symptomatiques en les croisant avec des souris d'autres souches.

Les souris ALD hybrides peuvent être un modèle utile pour étudier non seulement l'ALD mais également d'autres maladies de la myéline. Compte tenu de l'utilisation expérimentale du 4-phénylbutyrate comme thérapie pour l'ALD, les résultats ont, jusqu'à présent, été peu clairs. Alors qu'il a été démontré que ce produit fait baisser les taux d'AGTLC dans le cerveau et la glande surrénale de la souris, il n'a eu aucun effet sur les AGTLC du plasma, que ce soit chez la souris ou chez l'Homme. On teste actuellement ce produit chez plusieurs patients AMN.

 

PRODUIT MIRACLE ?

En ce qui concerne également l'ALD, le Dr Inderjit Singh, directeur du service de Neurogénétique du développement à la Medical University de Caroline du Nord (USA) et nouveau membre du groupe de travail du Projet Myéline, a découvert que la lovastatine, médicament qui fait baisser le taux de cholestérol, réduit l'inflammation dans les cultures de cellules et chez les modèles de rongeurs en bloquant l'induction des médiateurs de détériorations neurologiques, observation qui peut s'appliquer à d'autres maladies de la myéline, telles que la sclérose en plaques. Il conduit actuellement une expérimentation sur plusieurs enfants atteints d'ALD et sur des adultes atteints d'AMN.

 

IXe MEETING INTERNATIONAL

Financé (et magnifiquement organisé) par le Projet Myéline France, la neuvième réunion du Groupe de travail du Projet Myéline s'est tenue à Nice du 22 au 25 octobre, sous la présidence du Dr ffrench-Constant de l'Institut Wellcome/CRC de Cambridge (GB). L'humeur était manifestement optimiste. Les chercheurs se sont montrés enthousiastes à propos de l'expérimentation clinique envisagée par le Dr Vollmer. Ils ont compris que les résultats du Dr Zhang représentaient une avancée dans la préparation de cellules formatrices de myéline transplantables.

Ils ont applaudi aux résultats du Dr Singh concernant la lovastatine et écouté avec intérêt les explications des Drs Kocsis et Robin Franklin (Université de Cambridge [GB]) sur la manière dont les cellules engainantes du bulbe olfactif peuvent promouvoir tant la régénération des axones que la remyélinisation.

Plusieurs autres chercheurs ont pris la parole au cours de cette réunion. Le Dr Annik Baron-Van Evercooren, de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, membre du Groupe de travail, a relaté l'échec de nombreuses tentatives de remyélinisation du nerf optique de singe par transplantation de cellules de Schwann. Ce résultat négatif l'a amenée à la conclusion que le nerf optique n'est pas un site approprié pour une transplantation.

Conclusion partagée par plusieurs participants. Le Dr Baron-Van Evercooren a l'intention, toujours avec l'aide du Projet Myéline, de lancer une nouvelle étude sur la transplantation, concentrant son intérêt non plus sur le nerf optique du singe mais sur la moelle épinière.

Le Dr Odile Böespflug-Tanguy, de la faculté de Médecine de Clermont-Ferrand, a signalé qu'elle a été capable de définir la base génétique de la maladie de Pelizaeus-Merzbacher (PMD). Elle a ajouté que cette maladie était tout indiquée pour des futurs essais de transplantation. D'abord, l'existence de modèles de rats et de chiens pour cette maladie simplifierait les études nécessaires sur l'animal. Ensuite, l'absence de toute inflammation en ferait un système facile à analyser. Troisièmement, l'absence quasiment totale de myéline chez les enfants atteints de PMD serait d'une grande aide pour les études par IRM de détection de la remyélinisation.

Sur des fonds fournis par le British Trust for the Myelin Project (GB), nous avons récemment accordé deux nouvelles subventions de recherche. La première a permis au Dr Ian Duncan d'adjoindre un neurochirurgien à son équipe, le Dr Arturo Camacho. Les Drs Duncan et Camacho vont collaborer avec le Dr Joseph Frank, directeur du Laboratoire de recherche en diagnotic radiologique au National Institutes of Health (USA), pour perfectionner des techniques d'imagerie permettant de détecter la remyélinisation qui suivrait une transplantation (ce n'est qu'indirectement que les techniques actuelles peuvent détecter la nouvelle myéline).

La seconde subvention a été attribuée au Dr Franklin afin qu'il poursuive ses recherches sur les avantages possibles des OEC pour la remyélinisation.

 

UN AIR D'OPTIMISME

Le Projet Myéline aborde la saison des fêtes de fin d'année avec plus d'espoir et d'espérances que jamais. Passant des expériences sur l'animal à des essais sur l'Homme, le besoin de fonds s'intensifie. L'expérimentation à Yale sur des patients atteints de sclérose en plaques, en particulier, va nécessiter des sommes d'argent très importantes.

Nous voudrions donc vous demander de vous montrer spécialement généreux cette année. Aidez-nous à changer les choses pour ceux qui souffrent de maladies de la myéline, enfants ou adultes, pour qui la remyélinisation représente le seul espoir de récupérer des fonctions perdues.

Nous tous au Projet Myéline vous adressons, à vous et à ceux qui vous sont chers, nos vux les plus chaleureux pour les fêtes et pour cette nouvelle année si pleine d'espoir.