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• Analyse 2001 et perspectives 2002

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Augusto Odone, président du Projet Myéline international
Traduction : Andrée Horel

Comme beaucoup d'organisations, le Projet Myéline a souffert des attentats du 11 septembre puis de la guerre en Afghanistan. La réunion annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline qui s'est tenue à Paris du 28 au 30 septembre, bien que magnifiquement organisée par le Projet Myéline France, a pâti de l'absence de plusieurs docteurs, absence due à des perturbations dans les vols. Nous attendions un débat approfondi sur les cellules souches mais par suite de l'absence de certains acteurs clefs, les discussions sur le sujet n'ont pu être qu'incomplètes. Aux Etats-Unis, les dons au Projet Myéline ont diminué, les Américains ayant centré leur générosité sur l'assistance aux victimes du 11 septembre. La peur de la récession explique également le ralentissement des recettes. La baisse des dons américains a cependant été compensée en partie par des dons plus importants en Europe. Des journaux du Royaume-Uni et d'Italie ont beaucoup parlé du succès à l'Université de Yale du premier essai de transplantation de cellules de Schwann chez des malades atteints de sclérose en plaques, entraînant davantage de contributions dans ces deux pays.

CELLULES DE SCHWANN

Sur le plan scientifique, il y a eu des progrès encourageants en ce qui concerne la remyélinisation et les maladies de la myéline. A Yale, le programme de transplantation de cellules de Schwann mené par le Dr Timothy Vollmer est en cours. Ce programme prévoit la transplantation autologue de cellules de Schwann chez 5 patients. La première patiente, transplantée en juillet, a reçu un million de cellules. Elle continue à aller bien. En janvier, elle subira une biopsie qui montrera si les cellules transplantées ont pénétré dans le cerveau et si elles produisent de la myéline. Sans tenir compte des résultats de la première transplantation, le Dr Vollmer est décidé à poursuivre la suite de son programme. Les deux patients suivants, dont la transplantation est prévue en février, recevront cinq millions de cellules et les deux derniers, transplantations prévues en juillet, dix millions chacun.

OLIGODENDROCYTES

En dépit de notre espoir que l'emploi des cellules de Schwann soit un succès, peut-être ces cellules ne réussiront-elles pas à régénérer la myéline dans le système nerveux central (SNC) ou n'en produiront-elles pas assez. Le Projet Myéline continuera donc à soutenir le développement d'autres types de cellules myélinisantes.
Après consultation avec le Groupe de Travail du Projet Myéline, nous avons décidé de financer un projet proposé par le Dr Su-Chun Zhang de l'Université du Wisconsin à Madison, un des chercheurs les plus en pointe en ce qui concerne les cellules souches. Le Dr Zhang se propose de dériver des précurseurs transplantables d'oligodendrocytes depuis des cellules souches humaines indifférenciées. Le Dr Zhang a déjà réussi à transformer des cellules souches embryonnaires en cellules nerveuses. Il envisage maintenant l'étape suivante : amener ces cellules souches à se différencier en oligodendrocytes, les principales cellules responsables de la production de myéline dans le SNC. S'il y parvient, il testera alors leur potentiel de myélinisation chez l'animal. Pour cette étude, le Dr Zhang profitera de la collaboration du Dr James Thomson, de l'Université de Wisconsin, également chercheur, qui fut le premier à isoler les cellules souches embryonnaires. Le British Trust pour le Projet Myéline a envoyé au Dr Zhang un premier versement de 44 000 dollars sur une subvention de 176 000 dollars répartie sur 2 ans.

CELLULES SOUCHES

Une approche utilisant des cellules souches embryonnaires de rongeurs est actuellement à l'étude par le Dr John McDonald de l'Université Washington à St Louis. Au cours d'une présentation magistrale au Groupe de Travail à Paris, le Dr McDonald a montré comment il a obtenu la différenciation de cellules souches embryonnaires de rongeurs en précurseurs d'oligodendrocytes. Trans-plantées chez des souris à la moelle épinière endommagée, ces cellules se sont différenciées en oligodendrocytes et ont myélinisé les axones hôtes (dans la plupart des lésions du SNC, certains axones demeurent intacts mais deviennent incapables de conduire l'influx nerveux par suite de la perte de myéline due à la lésion). Le Dr McDonald a montré que les cellules transplantées avaient une survie prolongée et que des souris précédemment paralysées voyaient s'améliorer leur aptitude à marcher. Son laboratoire se prépare maintenant à essayer cette approche avec des cellules souches humaines.

VECTEURS VIRAUX

Le Dr Gianvito Martino de l'Institut Scientifique San Raffaele à Milan nous a demandé de financer une étude ayant pour but de développer un nouveau traitement de la sclérose en plaques. L'étude utiliserait des souris atteintes d'encéphalite allergique expérimentale (EAE), modèle animal qui ressemble beaucoup à la forme poussée-rémission de la sclérose en plaques. Des vecteurs viraux spéciaux porteraient dans le SNC de l'animal des gènes capables de produire des substances anti-inflammatoires (par exemple les cytokines) ainsi que des facteurs de croissance neurotrophiques. Les premiers sont destinés à contrer le processus d'inflammation qui caractérise la sclérose en plaques et les autres à stimuler la remyélinisation. Au dernier stade de cette étude, le Dr Martino transplanterait des cellules souches nerveuses associées à des facteurs de croissance appropriés, afin d'augmenter le processus de remyélinisation. Le Dr Martino procéderait à cette étude en collaboration avec les Docteurs Angelo Vescovi et Fulvio Mavilio, également de San Raffaele. Le coût total de cette étude, qui s'étendra sur trois ans, est estimé à 450 000 dollars. Le Projet Myéline envisage très activement d'allouer au Dr Martino et à son équipe à peu près un quart de cette somme. Le reste du financement viendrait d'autres donateurs.

PROGESTERONE

En collaboration avec le Dr Christian Confavreux, éminent neurologue français, le Dr Michael Schumacher et le Pr Etienne-Emile Baulieu, de l'Institut Pasteur à Paris, mettent actuellement au point un protocole pour une étude qui concernera 200 femmes post-partum atteintes de scléroses en plaques. (Comme il a déjà été mentionné dans nos rapports précédents, les femmes atteintes de sclérose en plaques ont moins de rechutes en cours de grossesse, alors que les taux de progestérone sont élevés et en auront davantage après l'accouchement, alors que diminue le taux de progestérone). Cette étude a pour but de déterminer si les femmes post-partum ne connaîtraient pas de rechutes en prenant du Lutenyl, dérivé de synthèse de la progestérone. Le Projet Myéline France a accepté d'accorder 50 000 dollars aux chercheurs français pour terminer leurs travaux précliniques. Ces fonds soutiendront leurs efforts pour mieux décrire les effets pharmacologiques de la progestérone dans le cerveau et pour permettre de mieux comprendre ses mécanismes d'action. Pour financer l'étude elle-même, l'équipe française a demandé des subventions dépassant un million de dollars à la Fondation Scientifique Européenne pour les Programmes de Recherches en Collaboration ainsi qu'à la Société Française de Sclérose en Plaques. En cas de succès, l'étude pourrait conduire à la mise au point d'un traitement qui s'appliquerait tant aux hommes qu'aux femmes atteints de sclérose en plaques.


SIMVASTATINE

Le Dr Inderjit Singh de l'Université de Médecine de Caroline du Sud poursuit l'étude clinique de la Simvastatine, médicament anti-cholestérol, sur 30 patients atteints de sclérose en plaques. Jusqu'à présent, nul effet négatif n'a été observé chez les participants à cette étude multi-centres. Les résultats sur l'efficacité de ce traitement seront connus en août prochain. Les autres centres participant à cette étude sont l'école de Médecine de l'Université de Yale et le Centre des Sciences de la Santé de l'Université du Colorado.

AUTRES PISTES

Dans un article à paraître dans le numéro de janvier d'Annals of Neurology, le Dr Ian Duncan de l'Université du Wisconsin à Madison se propose d'administrer de la tétracycline, puissant agent anti-inflammatoire à des patients atteints de sclérose en plaques. Au cours d'une de ses expériences, il a constaté que l'administration de minocycline, forme de tétracycline, supprime efficacement les symptômes des rats EAE. Le Dr Duncan pense également que l'utilisation de minocycline, associée à des essais de restauration de la myéline, peut offrir une stratégie efficace de double attaque de la sclérose en plaques chez l'homme.
Des études antérieures menées sur des garçons décédés d'adrénoleucodystrophie et traités à l'huile de Lorenzo, n'avaient montré aucune augmentation d'acide érucique dans le cerveau. On en a déduit que l'acide érucique, un des composants actifs de cette huile, ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique. De nouvelles recherches, financées par le Projet Myéline, semblent suggérer qu'il en est autrement. Le Dr Eric Murphy de l'Université de Dakota du Nord, utilisant de l'acide érucique marqué avec un traceur radioactif, a montré que l'acide érucique entre effectivement dans le cerveau de la souris. Alors qu'une partie de cet acide était métabolisée par béta-oxydation, environ 35 à 40 % restait dans le cerveau. Il s'agit ici de résultats préliminaires, le Dr Murphy escompte avoir les résultats définitifs dans quelques mois.

SYNTHESE

Cette année a vu le passage d'expérience in vitro et sur l'animal aux essais sur l'Homme. Voici une bonne nouvelle qui marque une étape importante dans la recherche sur la remyélinisation, mais une telle étape entraîne des frais plus élevés encore.
Depuis le dernier point sur nos finances, nous avons effectué des versements et avons reçu des dons mais la différence entre nos réserves et la somme nécessaire au financement de notre programme pour les douze mois ou plus à venir reste la même : environ 400 000 dollars. Nous comptons sur vous pour combler cette différence. S'il vous plaît, montrez-vous généreux !

De notre part à tous, au Projet Myéline, recevez pour vous et ceux qui vous sont chers, nos vux les plus chaleureux pour les fêtes de fin d'année et pour l'année à venir.



 LE PROJET MYELINE EN DEUIL
Nous avons le regret de vous informer du décès de Richard Louisell, membre du Conseil d'administration du Projet Myéline depuis sa fondation en 1989.

Après un long et courageux combat, Richard a succombé en novembre à une adrénomyéloneuropathie, forme adulte de l'ALD. Avec sa mort, nous avons perdu un des plus vaillants supporters du Projet Myéline et un ami très cher.