Comme beaucoup d'organisations, le Projet Myéline a souffert
des attentats du 11 septembre puis de la guerre en Afghanistan. La
réunion annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline
qui s'est tenue à Paris du 28 au 30 septembre, bien que magnifiquement
organisée par le Projet Myéline France, a pâti
de l'absence de plusieurs docteurs, absence due à des perturbations
dans les vols. Nous attendions un débat approfondi sur les
cellules souches mais par suite de l'absence de certains acteurs clefs,
les discussions sur le sujet n'ont pu être qu'incomplètes.
Aux Etats-Unis, les dons au Projet Myéline ont diminué,
les Américains ayant centré leur générosité
sur l'assistance aux victimes du 11 septembre. La peur de la récession
explique également le ralentissement des recettes. La baisse
des dons américains a cependant été compensée
en partie par des dons plus importants en Europe. Des journaux du
Royaume-Uni et d'Italie ont beaucoup parlé du succès
à l'Université de Yale du premier essai de transplantation
de cellules de Schwann chez des malades atteints de sclérose
en plaques, entraînant davantage de contributions dans ces deux
pays.
CELLULES DE SCHWANN
Sur le plan
scientifique, il y a eu des progrès encourageants en ce qui
concerne la remyélinisation et les maladies de la myéline.
A Yale, le programme de transplantation de cellules de Schwann mené
par le Dr Timothy Vollmer est en cours. Ce programme prévoit
la transplantation autologue de cellules de Schwann chez 5 patients.
La première patiente, transplantée en juillet, a reçu
un million de cellules. Elle continue à aller bien. En janvier,
elle subira une biopsie qui montrera si les cellules transplantées
ont pénétré dans le cerveau et si elles produisent
de la myéline. Sans tenir compte des résultats de la
première transplantation, le Dr Vollmer est décidé
à poursuivre la suite de son programme. Les deux patients suivants,
dont la transplantation est prévue en février, recevront
cinq millions de cellules et les deux derniers, transplantations prévues
en juillet, dix millions chacun.
OLIGODENDROCYTES
En dépit de notre espoir que l'emploi des cellules de
Schwann soit un succès, peut-être ces cellules ne réussiront-elles
pas à régénérer la myéline dans
le système nerveux central (SNC) ou n'en produiront-elles pas
assez. Le Projet Myéline continuera donc à soutenir
le développement d'autres types de cellules myélinisantes.
Après consultation avec le Groupe de Travail du Projet Myéline,
nous avons décidé de financer un projet proposé
par le Dr Su-Chun Zhang de l'Université du Wisconsin à
Madison, un des chercheurs les plus en pointe en ce qui concerne les
cellules souches. Le Dr Zhang se propose de dériver des précurseurs
transplantables d'oligodendrocytes depuis des cellules souches humaines
indifférenciées. Le Dr Zhang a déjà réussi
à transformer des cellules souches embryonnaires en cellules
nerveuses. Il envisage maintenant l'étape suivante : amener
ces cellules souches à se différencier en oligodendrocytes,
les principales cellules responsables de la production de myéline
dans le SNC. S'il y parvient, il testera alors leur potentiel de myélinisation
chez l'animal. Pour cette étude, le Dr Zhang profitera de la
collaboration du Dr James Thomson, de l'Université de Wisconsin,
également chercheur, qui fut le premier à isoler les
cellules souches embryonnaires. Le British Trust pour le Projet Myéline
a envoyé au Dr Zhang un premier versement de 44 000 dollars
sur une subvention de 176 000 dollars répartie sur 2 ans.
CELLULES SOUCHES
Une approche
utilisant des cellules souches embryonnaires de rongeurs est actuellement
à l'étude par le Dr John McDonald de l'Université
Washington à St Louis. Au cours d'une présentation magistrale
au Groupe de Travail à Paris, le Dr McDonald a montré
comment il a obtenu la différenciation de cellules souches
embryonnaires de rongeurs en précurseurs d'oligodendrocytes.
Trans-plantées chez des souris à la moelle épinière
endommagée, ces cellules se sont différenciées
en oligodendrocytes et ont myélinisé les axones hôtes
(dans la plupart des lésions du SNC, certains axones demeurent
intacts mais deviennent incapables de conduire l'influx nerveux par
suite de la perte de myéline due à la lésion).
Le Dr McDonald a montré que les cellules transplantées
avaient une survie prolongée et que des souris précédemment
paralysées voyaient s'améliorer leur aptitude à
marcher. Son laboratoire se prépare maintenant à essayer
cette approche avec des cellules souches humaines.
VECTEURS VIRAUX
Le Dr Gianvito
Martino de l'Institut Scientifique San Raffaele à Milan nous
a demandé de financer une étude ayant pour but de développer
un nouveau traitement de la sclérose en plaques. L'étude
utiliserait des souris atteintes d'encéphalite allergique expérimentale
(EAE), modèle animal qui ressemble beaucoup à la forme
poussée-rémission de la sclérose en plaques.
Des vecteurs viraux spéciaux porteraient dans le SNC de l'animal
des gènes capables de produire des substances anti-inflammatoires
(par exemple les cytokines) ainsi que des facteurs de croissance neurotrophiques.
Les premiers sont destinés à contrer le processus d'inflammation
qui caractérise la sclérose en plaques et les autres
à stimuler la remyélinisation. Au dernier stade de cette
étude, le Dr Martino transplanterait des cellules souches nerveuses
associées à des facteurs de croissance appropriés,
afin d'augmenter le processus de remyélinisation. Le Dr Martino
procéderait à cette étude en collaboration avec
les Docteurs Angelo Vescovi et Fulvio Mavilio, également de
San Raffaele. Le coût total de cette étude, qui s'étendra
sur trois ans, est estimé à 450 000 dollars. Le Projet
Myéline envisage très activement d'allouer au Dr Martino
et à son équipe à peu près un quart de
cette somme. Le reste du financement viendrait d'autres donateurs.
PROGESTERONE
En collaboration
avec le Dr Christian Confavreux, éminent neurologue français,
le Dr Michael Schumacher et le Pr Etienne-Emile Baulieu, de l'Institut
Pasteur à Paris, mettent actuellement au point un protocole
pour une étude qui concernera 200 femmes post-partum atteintes
de scléroses en plaques. (Comme il a déjà été
mentionné dans nos rapports précédents, les femmes
atteintes de sclérose en plaques ont moins de rechutes en cours
de grossesse, alors que les taux de progestérone sont élevés
et en auront davantage après l'accouchement, alors que diminue
le taux de progestérone). Cette étude a pour but de
déterminer si les femmes post-partum ne connaîtraient
pas de rechutes en prenant du Lutenyl, dérivé de synthèse
de la progestérone. Le Projet Myéline France a accepté
d'accorder 50 000 dollars aux chercheurs français pour terminer
leurs travaux précliniques. Ces fonds soutiendront leurs efforts
pour mieux décrire les effets pharmacologiques de la progestérone
dans le cerveau et pour permettre de mieux comprendre ses mécanismes
d'action. Pour financer l'étude elle-même, l'équipe
française a demandé des subventions dépassant
un million de dollars à la Fondation Scientifique Européenne
pour les Programmes de Recherches en Collaboration ainsi qu'à
la Société Française de Sclérose en Plaques.
En cas de succès, l'étude pourrait conduire à
la mise au point d'un traitement qui s'appliquerait tant aux hommes
qu'aux femmes atteints de sclérose en plaques.
SIMVASTATINE
Le Dr Inderjit
Singh de l'Université de Médecine de Caroline du Sud
poursuit l'étude clinique de la Simvastatine, médicament
anti-cholestérol, sur 30 patients atteints de sclérose
en plaques. Jusqu'à présent, nul effet négatif
n'a été observé chez les participants à
cette étude multi-centres. Les résultats sur l'efficacité
de ce traitement seront connus en août prochain. Les autres
centres participant à cette étude sont l'école
de Médecine de l'Université de Yale et le Centre des
Sciences de la Santé de l'Université du Colorado.
AUTRES PISTES
Dans un article
à paraître dans le numéro de janvier d'Annals
of Neurology, le Dr Ian Duncan de l'Université du Wisconsin
à Madison se propose d'administrer de la tétracycline,
puissant agent anti-inflammatoire à des patients atteints de
sclérose en plaques. Au cours d'une de ses expériences,
il a constaté que l'administration de minocycline, forme de
tétracycline, supprime efficacement les symptômes des
rats EAE. Le Dr Duncan pense également que l'utilisation de
minocycline, associée à des essais de restauration de
la myéline, peut offrir une stratégie efficace de double
attaque de la sclérose en plaques chez l'homme.
Des études antérieures menées sur des garçons
décédés d'adrénoleucodystrophie et traités
à l'huile de Lorenzo, n'avaient montré aucune augmentation
d'acide érucique dans le cerveau. On en a déduit que
l'acide érucique, un des composants actifs de cette huile,
ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique.
De nouvelles recherches, financées par le Projet Myéline,
semblent suggérer qu'il en est autrement. Le Dr Eric Murphy
de l'Université de Dakota du Nord, utilisant de l'acide érucique
marqué avec un traceur radioactif, a montré que l'acide
érucique entre effectivement dans le cerveau de la souris.
Alors qu'une partie de cet acide était métabolisée
par béta-oxydation, environ 35 à 40 % restait dans le
cerveau. Il s'agit ici de résultats préliminaires, le
Dr Murphy escompte avoir les résultats définitifs dans
quelques mois.
SYNTHESE
Cette année a vu le passage d'expérience
in vitro et sur l'animal aux essais sur l'Homme. Voici une bonne
nouvelle qui marque une étape importante dans la recherche
sur la remyélinisation, mais une telle étape entraîne
des frais plus élevés encore.
Depuis le dernier point sur nos finances, nous avons effectué
des versements et avons reçu des dons mais la différence
entre nos réserves et la somme nécessaire au financement
de notre programme pour les douze mois ou plus à venir
reste la même : environ 400 000 dollars. Nous comptons sur
vous pour combler cette différence. S'il vous plaît,
montrez-vous généreux !
De notre
part à tous, au Projet Myéline, recevez pour vous et
ceux qui vous sont chers, nos vux les plus chaleureux pour les fêtes
de fin d'année et pour l'année à venir.
| LE
PROJET MYELINE EN DEUIL |
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Nous
avons le regret de vous informer du décès de Richard
Louisell, membre du Conseil d'administration du Projet Myéline
depuis sa fondation en 1989.
Après un long et courageux combat, Richard a succombé
en novembre à une adrénomyéloneuropathie,
forme adulte de l'ALD. Avec sa mort, nous avons perdu un des plus
vaillants supporters du Projet Myéline et un ami très
cher.
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