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• Rapport d’activités annuel du projet myeline - 2002

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Par Augusto Odone, Président

I INTRODUCTION ET RECAPITULATION

Depuis notre dernier rapport, la recherche sur la remyélinisation et sur les traitements pour les maladies démyélinisantes a bien avancé sur plusieurs fronts, attendus pour certains, inattendus pour d’autres mais tous prometteurs. Parallèlement à cette avancée, et à notre grande satisfaction, s’est produit peu à peu un changement d’intérêt parmi plusieurs des chercheurs de notre Groupe de Travail vers une recherche translationnelle (un nouveau slogan en médecine). Cela signifie que les chercheurs mettent de plus en plus l’accent sur l’approche clinique en abandonnant les rongeurs, les tubes à essai, les boîtes de Pétri etc…
Le Dr Inderjit Singh de l’Université de Médecine de Caroline du Sud et le Dr Timothy Vollmer de l’Institut Neurologique Barrow en Arizona ont terminé leur étude multicentrée de la simvastatine comme traitement de la SEP. Le résultat est encourageant : ce médicament empêche l’inflammation du cerveau et pourrait être un bon complément aux thérapies actuelles.
Dans l’intention d’organiser un essai clinique, le Dr Gianvito Martino, le Dr Angelo Vescovi et des collaborateurs de l’Institut scientifique San Raffaele de Milan ont réussi à inverser le cours de la maladie chez des souris EAE : ce résultat fait l’objet d’un article dans NATURE, un des journaux scientifiques les plus prestigieux au monde. (L’EAE est l’Encéphalite Allergique Expérimentale, une pathologie voisine de la SEP que l’on peut provoquer chez des animaux de laboratoire).
L’essai de transplantation de cellules de Schwann à l’Université de Yale, dans lequel nous avions placé de grands espoirs, est terminé. Au début de l’année, le Dr Vollmer et ses collègues ont décidé de mettre fin à cette étude n’ayant trouvé aucune preuve de la survie de cellules de Schwann chez les trois premiers malades implantés. Cette étude a toutefois démontré que le processus de transplantation est sans danger, ce qui est un résultat important en soi.
Le fait de ne pas trouver de cellules survivantes ou de formation de nouvelle myéline dans l’étude de Yale ne signifie pas que les cellules de Schwann soient une impasse. Le Dr Vollmer lui-même est en train de mettre au point un protocole pour une deuxième étude clinique de transplantation de cellules de Schwann en tirant les leçons de la première. Cette étude à venir serait menée à l’Institut Neurologique Barrow de Phœnix en Arizona où le Dr Vollmer s’est installé l’an dernier.
A l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, le Dr Anne Baron-Van Evercooren va entreprendre une expérience ayant pour but de transplanter des cellules de Schwann dans le cerveau de singes chez qui on a provoqué une forme de SEP. Cette étude sera menée de concert avec des cliniciens français en prélude à des essais cliniques.
A Paris également, le Dr Etienne-Emile Baulieu et le Dr Michael Schumacher de l’hôpital Bicêtre progressent rapidement vers l’essai clinique qu’ils se proposent de faire sur des femmes post-partum atteintes de SEP.
A l’Université du Wisconsin à Madison, le Dr Ian Duncan a enfin trouvé un chercheur capable de poursuivre son étude sur la transplantation de cellules dans les ventricules d’un cerveau de rongeur.
A la même Université, le travail du Dr Su-Chun Zhang sur la dérivation de progéniteurs d’oligodendrocytes (PO) à partir de cellules souches embryonnaires (CSE) a finalement été payant. Ce chercheur a réussi, il y a peu de temps, à produire des quantités satisfaisantes de PO à transplanter chez des souris.
La recherche sur les leucodystrophies progresse rapidement : plusieurs nouveaux traitements sont essayés chez des malades. En ce qui concerne l’adrénoleucodystrophie (ALD), le Dr Moser de l’Institut Kennedy Krieger de Baltimore fait des travaux complémentaires à l’étude internationale sur l’efficacité de l’huile de Lorenzo à empêcher les manifestations de la maladie chez les garçons ALD asymptomatiques. En même temps, le Dr Wolfgang Köhler du Saxonian State Hospital de Wermsdorf en Allemagne fait des recherches sur la valeur thérapeutique de cette huile pour l’adrénomyéloneuropathie (AMN), forme adulte de cette maladie. La transplantation de cellules souches de sang du cordon ombilical dans plusieurs leucodystrophies continue à s’effectuer à l’Université Duke. Le Dr Paola Leone de Robert Wood Johnson Medical School dans le New Jersey va de l’avant en ce qui concerne l’essai de thérapie génique chez des enfants atteints de la maladie de Canavan.
Les réserves combinées du siège et des sections nationales suffisent à honorer nos engagements actuels envers les chercheurs du Groupe de Travail. Mais des ressources supplémentaires sont nécessaires pour que nous puissions financer d’autres recherches prometteuses. Notre taux de dépenses de fonctionnement par rapport aux recettes continue à être nettement moins élevé que celui d’organisations du même genre, ce qui confirme notre réputation de gestion " sans graisse " et encourage nos donateurs à soutenir notre travail.
La XIV° rencontre annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline se tiendra à Acqui Terme en Italie les 14-15-16 septembre 2003. Cette ville du Piémont est l’endroit où a eu lieu en 1989 la première réunion du Groupe de Travail du Projet Myéline.

II LA RECHERCHE

Transplantation
Dans son numéro du 17 avril, NATURE a publié un article sur le travail mené à San Raffaele à propos de la capacité des cellules souches neurales adultes à rétablir les fonctions chez les souris EAE. Ce travail était financé en partie par le Projet Myéline italien. Comme nous l’avons déjà précisé (voir le rapport de décembre 2002), l’expérience consistait à transplanter des cellules souches neurales dans le cerveau de souris chez lesquelles on avait provoqué l’EAE. Les cellules étaient injectées soit par voie intraveineuse, soit par voie intrathécale (c’est-à-dire dans le liquide cérébro-spinal). Dérivées du cerveau de la souris adulte, ces cellules possèdent nombre des propriétés des cellules souches qui prennent naissance dans le cerveau du fœtus. L’une de ces propriétés est qu’elles sont multipotentes, ce qui signifie qu’elles peuvent devenir différentes cellules neurales spécialisées telles que les oligodendrocytes, ces cellules productrices de myéline dans le système nerveux central (SNC). Des souris EAE non traitées ont servi de contrôle dans cette expérience de San Raffaele.
Pour les souris qui ont reçu des cellules souches neurales, les symptômes ont soit disparu soit fortement diminué. Ainsi, certaines souris dont les pattes de derrière étaient paralysées à cause de l’EAE ont retrouvé leur mobilité et ont recommencé à marcher. Chose peu étonnante, la récupération clinique était associée à une remyélinisation et à une amélioration de la conduction nerveuse non négligeable. L’état des souris de contrôle a, par ailleurs, continué à empirer. Ce qui contribue au résultat constaté chez les souris traitées, c’est la capacité des cellules souches neurales à se diriger vers les zones endommagées du cerveau. En fait, 30 jours après l’injection, la plupart des cellules donneuses se trouvaient dans des zones de démyélinisation et de perte axonale ; elles ont été trouvées en nombre relativement peu élevé dans des régions où la myéline était intacte. Le Dr Martino et son équipe ont entamé l’étape suivante : obtenir le même résultat chez des singes. En collaboration avec des chercheurs travaillant sur les primates en Hollande, les docteurs Martino et Vescovi vont procéder à une étude de transplantation sur 2 ans chez le ouistiti commun, espèce de singe originaire de l’Amérique du Sud. Le Projet Myéline a engagé 90 000 dollars pour couvrir le coût de cette étude dont 45 000 ont déjà été versés par le Siège sur les fonds détenus en commun avec la Fondation Eric D. Hovde. Un autre sponsor de cette étude, la Communauté européenne, couvrira les frais d’achat et d’entretien des singes.
Dans cette nouvelle expérience, les chercheurs vont transplanter des cellules souches neurales chez 15 ouistitis atteints de l’EAE. 5 recevront les cellules par injection intraveineuse, 5 se les verront injecter dans le liquide cérébro-spinal et 5 serviront de groupe contrôle et recevront un placebo. Ces cellules proviennent initialement de fœtus avortés et ont été conservées comme lignée de cellules auto-renouvelable par le Dr Vescovi depuis quelques années. Cette expérience, si elle est couronnée de succès, préparera une étude clinique.
Dans notre bulletin de décembre 2002, nous avons signalé que dans l’essai clinique de transplantation de cellules de Schwann chez des patients SEP à l’Université de Yale, l’équipe de recherche dirigée par le Dr Vollmer n’a rien trouvé qui prouve que les cellules aient survécu chez les 3 patients transplantés. Bien que cet essai ait été prévu pour 5 patients, les chercheurs ont décidé de mettre fin à cette étude et nous avons donné notre accord.
Ce changement est assez décevant car nous avions prévu et fortement appuyé cet essai depuis plusieurs années et y avions consacré plus d’un demi million de dollars. Mais un résultat négatif est dans l’ordre des choses quand on se lance dans des protocoles expérimentaux.
Cependant, nos efforts n’ont pas été totalement vains. Cette toute première tentative de transplantation de cellules productrices de myéline dans le SNC de l’homme qu’était l’essai de Yale a montré que la procédure chirurgicale était sans danger, aucun des patients ne souffrant d’effets secondaires négatifs dus à la transplantation. Ce résultat était très inattendu, de nombreux chercheurs pensaient qu’opérer dans le cerveau SEP était trop risqué et que cela exacerberait l’état des patients. Mais il n’en a rien été. Comme mention de cet essai est faite dans des articles de journaux, plusieurs chercheurs faisant partie ou non du Groupe de Travail du Projet Myéline ont noté que cette procédure de transplantation ne présente pas de risques. Puisque ce problème de risques est réglé, d’autres chercheurs vont probablement reproduire l’essai de transplantation avec des cellules de Schwann ou d’autres types de cellules.
Le Dr Vollmer lui-même envisage de mettre au point un nouveau protocole avec transplantation de cellules de Schwann dans le SNC de patients SEP. Tirant parti des leçons de cet essai de Yale, il a l’intention d’améliorer la conception du nouvel essai en ce qui concerne le lieu de l’implantation, la technique stéréotaxique à utiliser et l’imagerie IRM des lésions des patients. Le Dr Vollmer se propose de terminer ce nouveau protocole à temps pour qu’il puisse être discuté à la réunion annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline cet automne.
En février nous avons accordé une subvention de 120 000 dollars au Dr Anne Baron-Van Evercooren pour la transplantation de cellules de Schwann dans le cerveau de singes macaques atteints de démyélinisation inflammatoire focale. De même que l’essai de cellules souches du Dr Martino en Italie, cette étude est conçue pour préparer le terrain en vue d’un essai clinique. Pour ce faire, le Dr Baron s’est entourée de compétence de plusieurs neurologues français. Le soutien financier pour cette étude de 2 ans provient d’ELA-Projet Myéline France.
La plupart des troubles de la myéline sont associés à une démyélinisation diffuse du SNC, mettant en cause plusieurs zones (leucodystrophies) ou des lésions focales (SEP). Dans toute thérapie par transplantation de cellules ayant la remyélinisation pour but, la migration et la diffusion des cellules implantées sont donc les facteurs clés du succès de la procédure. Il se peut que l’implantation de cellules donneuses dans le liquide des ventricules cérébraux s’avère l’une des stratégies capables d’aboutir à la propagation des cellules dans tout le SNC. L’expérience intraventriculaire du Dr Duncan a précisément pour but de voir si cette approche est réalisable.
Dans cette étude aux facettes multiples, le Dr Duncan transplantera des PO (précurseurs d’oligodendrocytes) dans les ventricules de rat atteint d’une insuffisance de myéline pour vérifier si les cellules survivent et se transforment réellement en oligodendrocytes. Il va également cogreffer des PO avec des facteurs de croissance sélectionnés pour voir si cela va augmenter la survie, la diffusion, la différenciation et le potentiel myélinisant des PO.
De plus, le Dr Duncan va reproduire une expérience de transplantation de cellules effectuée en 1999 par le Dr Evan Snyder chez des souris shiverer (race née sans myéline souffrant d’un grave manque de fonction). Ce chercheur obtint une très large remyélinisation et une certaine récupération fonctionnelle chez ces souris. Les cellules qu’il a utilisées provenaient d’une lignée rendue immortelle par des oncogènes et il est donc douteux qu’elles conviennent pour une utilisation dans un cadre clinique.
En revanche, le Dr Duncan utilisera des cellules primaires développées à partir de tissus frais, ne risquant pas de provoquer des tumeurs. Les travaux du Dr Duncan pourraient finalement mener à une restauration de la myéline dans toute une série de troubles de la myéline, y compris les leucodystrophies et la SEP. Le British Trust pour le Projet Myéline a transféré au Dr Duncan 55 000 dollars sur des fonds qui avaient été réservés lorsque nous nous étions engagés vis-à-vis de lui la première fois.
Après deux ans d’efforts, le Dr Su-Chu Zhang a réussi à produire des quantités assez importantes de PO à partir d’une lignée de cellules souches d’embryon humain. Le Dr Zhang a fait suivre aux cellules le parcours des cellules neurales puis a obtenu qu’elles se transforment en PO (sans intervention extérieure, les cellules souches deviennent plutôt des neurones, c’est-à-dire des cellules qui n’ont aucune capacité de myélinisation). Pour ce faire, il a eu recours à deux approches différentes : dans l’une, il a cultivé des cellules avec un cocktail de facteurs de croissance, dans l’autre il a introduit dans les cellules un gène spécifique capable d’en faire des oligodendrocytes. Le Dr Zhang a commencé à transplanter les cellules ainsi obtenues dans la moelle épinière de souris shiverer. Il pense pouvoir dire déjà à cet automne si les cellules transplantées se sont transformées en oligodendrocytes, ont produit de la myéline et amené une récupération fonctionnelle chez ces animaux.

Thérapies pharmaceutiques
A une rencontre scientifique le 1er avril, le Dr Vollmer a présenté les résultats d’une étude multicentrée sur la simvastatine que lui-même, le Dr Singh et d’autres collègues ont mené sur 28 patients atteints de la forme rechute-rémission de la SEP dans trois centres médicaux (Yale, l’Université Médical de Caroline du Sud et l’Université du Colorado). En voici les conclusions : après six mois de traitement, on a constaté chez les sujets une diminution de 43 % du nombre des lésions actives et une réduction de 41 % de la taille de ces lésions. La simvastatine, que des millions de gens prennent pour abaisser le taux de cholestérol, n’a que peu d’effets secondaires par comparaison avec les médicaments SEP actuels. (L’étude était basée sur une constatation faite par le Dr Singh : la lovastatine, autre membre de la famille des statines, s’était montrée efficace chez les modèles animaux SEP.) Nous n’avons pas parrainé l’essai clinique vu que les auteurs avaient obtenu une importante subvention de Merck & Co. C’est au cours d’échanges de vues entre le Dr Singh et le Dr Vollmer à la rencontre annuelle du Groupe de Travail du Projet Myéline à Nice en 1998 qu’est née l’idée de cette étude. Mettre les scientifiques en contact, favoriser leur collaboration est souvent aussi important que de financer leurs travaux.
Les chercheurs ont signalé que les résultats ne sont que préliminaires et qu’il faut des études portant sur un plus grand nombre de patients pour confirmer que ce médicament est sans risques et efficace. C’est pour cela qu’ils préparent actuellement un second essai clinique plus important. En préparation à cette étude, les chercheurs se proposent de tester l’efficacité de la simvastatine administrée conjointement avec du bêta interféron à des souris EAE. La simvastatine et le bêta interféron ont des mécanismes d’action différents qui font penser que leur combinaison peut être plus efficace dans la SEP que chacun utilisé seul. Le Dr Singh a demandé au Projet Myéline 100 000 dollars pour financer ce travail, la proposition a été soumise aux membres du Groupe de Travail.
Le Dr Etienne-Emile Baulieu, le Dr Michael Schumacher et le Dr Martine El-Etr continuent à préparer un essai clinique des hormones stéroïdes progestérone et œstrogène sur 200 femmes post-partum atteintes de SEP. (Comme nous l’avons signalé dans nos rapports précédents, les femmes SEP ont moins de rechutes pendant la grossesse quand les taux de progestérone sont élevés et davantage après l’accouchement quand les taux de progestérone baissent.) Les chercheurs se proposent de voir si le Lutenyl associé à l’Estreva prolonge la période de rémission après l’accouchement. Le Lutenyl et l’Estreva sont respectivement des formes synthétiques de progestérone et d’œstrogène. Le Projet Myéline a récemment accordé à ces chercheurs une deuxième subvention de 50 000 dollars pour affiner et mener à terme leur travail préclinique. Les fonds qui ont déjà été virés aux chercheurs ont été fournis par ELA-Projet Myéline France.
Alors que progresse leur travail préclinique, les chercheurs se rapprochent du lancement de l’essai clinique. C’est pourquoi ils ont institué des rencontres mensuelles entre coordinateurs cliniques de cet essai, formé un comité consultatif de 5 gynécologues pour répondre aux questions des patientes et/ou de leurs médecins et obtenu du fabricant qu’il fournisse les médicaments gratuitement. La question qui reste posée, et non des moindres, est comment financer cet essai qui devrait coûter 1 million de dollars sur une période de 3 ans.
Nous sommes bien convaincus que ceci est une entreprise importante mais des essais de cette dimension et de cette nature dépassent les moyens (et les ressources financières) du Projet Myéline. Nous avons l’intention néanmoins d’aider les chercheurs français en lançant un consortium de sponsors pour couvrir le coût de cet essai. Parmi les membres éventuels de ce consortium figureraient des agences gouvernementales, des organismes SEP, des fondations, des sociétés, des donateurs individuels et nous-mêmes.

Maladies individuelles de la myéline
Alors que toutes les maladies démyélinisantes peuvent profiter des avancées en matière de transplantation et de thérapies pharmaceutiques, certaines présentent des aspects qui leur sont propres et doivent donc être abordées individuellement. Comme nous avons déjà longuement parlé de la SEP, nous allons maintenant faire le point sur les avancées concernant les leucodystrophies.

ALD/AMN
Dans notre rapport précédent, nous avons décrit l’étude internationale menée par le Dr Moser sur l’efficacité préventive de l’Huile de Lorenzo. Cette étude portait sur 104 garçons ALD présymptomatiques de moins de 6 ans.
Au cours de cette étude, on a vu apparaître deux groupes : le premier formé de garçons qui suivaient scrupuleusement le régime à l’huile de Lorenzo et dont les acides gras à très longue chaîne (AGTLC) étaient normalisés, le deuxième de garçons moins stricts quant à leur régime et dont les AGTLC restaient à des taux anormalement élevés. (Vous vous souvenez certainement que des AGTLC élevés sont la marque de l’ALD et jouent probablement un rôle dans sa pathogenèse.) La comparaison des deux groupes a montré que les risques de développer la forme infantile de la maladie pour les garçons qui avaient suivi le régime de manière très stricte étaient nettement plus réduits que pour ceux qui ne l’avaient pas fait. Le Dr Moser s’est assuré le concours de deux docteurs (payés en partie par notre subvention de 50 000 dollars), un pour affiner les bases statistiques de cette étude et l’autre pour s’assure que les deux groupes étaient comparables sur le plan des conditions socioéconomique et du niveau de soins apportés par les parents. D’autre part, le Dr Moser a envoyé aux Instituts Nationaux de la Santé une demande de subvention élevée afin de monter un centre clinique pour les maladies peroxysomales à l’Institut Kennedy Krieger.
L’huile de Lorenzo semble être efficace également pour stabiliser l’état des patients AMN. A une réunion à Vienne (Autriche), en avril, le Dr Wolfgang Köhler a présenté les résultats de son étude portant sur 50 patients AMN. Avant d’être pris pour cet essai, les patients (sans traitement jusque là) ont été interrogés et priés de raconter l’évolution de leurs symptômes. Pour chaque patient, cette recherche rétrospective est remontée à l’époque de ses premiers symptômes, une période moyenne de 10 ans, allant de 2 à 18 ans selon les patients. Les données fournies ont alors été analysées sur la base d’une échelle conçue de manière à mesurer la progression " naturelle " de la maladie, permettant ainsi aux chercheurs d’établir un contrôle historique. Tous les patients ont alors pris de l’huile de Lorenzo. Le taux de progression de la maladie a été vérifié à des intervalles réguliers au cours de l’essai et s’est avéré être en moyenne la moitié de celui du contrôle historique, pratiquement nul dans 80 % des cas et nettement ralenti pour les 20 % restant. Nous avons remis 25 000 dollars au Dr Köhler pour la poursuite de cette étude.

Maladie de Canavan
Pendant son séjour à l’Université Thomas Jefferson, le Dr Paola Leone avait, en 2001, pratiqué la thérapie génique pour trois enfants Canavan, suivant un protocole qui impliquait l’introduction dans le cerveau d’une solution liquide contenant plusieurs milliards de particules d’un virus adéno-associé. Ce virus a été modifié pour exprimer le gène qui code l’enzyme que n’ont pas les patients Canavan (aspartoacylase). Le Dr Leone signale que pendant les 18 mois qui ont suivi l’intervention, les enfants ont vu une normalisation de la neurochimie du cerveau et une augmentation de leur quantité de myéline. Aucun d’eux n’a manifesté d’atrophie ou n’a eu de crise. Un de ces enfants peut maintenant utiliser un fauteuil roulant électrique, exploit sans égal dans cette maladie.
Cette étude, qui avait pris du retard par suite du départ du Dr Leone pour Robert Wood Johnson Medical School dans le New Jersey, a repris en avril avec le traitement de deux autres enfants. Jusqu’à présent ces deux enfants ont bien supporté l’intervention. Le Dr Leone envisage de traiter quatre autres patients cet été. Nous avons versé en 2002 au Dr Leone 40 000 dollars dont la plus grande partie provenait de la section italienne du Projet Myéline.

Transplantation de cellules souches de sang du cordon ombilical et leucodystrophies
La Duke University Medical Center de Durham en Caroline du Nord poursuit son programme de transplantation de cellules souches de sang du cordon ombilical comme traitement pour plusieurs leucodystrophies. Jusqu’à présent, le Dr Joanne Kurtzberg et son équipe ont réalisé cette procédure sur 30 enfants atteints de la maladie de Krabbe (appelée également leucodystrophie à cellules globoïdes), 15 de ces enfants avaient la forme infantile. L’efficacité de la procédure a varié grandement suivant l’âge des enfants. Plus les patients étaient jeunes, meilleurs étaient les résultats. Le Dr Maria Escolar de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, responsable du suivi du neurodéveloppement des patients, signale que 5 enfants qui ont eu une transplantation dans les premiers mois de leur vie sont presque normaux ou ne souffrent que d’une détérioration neurologique mineure. Des 10 autres enfants Krabbe à avoir eu une transplantation à un âge plus avancé, 6 ont une détérioration très importante et 4 sont morts. Le Dr Kurtzberg a également transplanté 4 enfants atteints de leucodystrophie métachromatique et 9 garçons atteints d’ALD. En général, les chercheurs constatent que les résultats de cette procédure sont bons à condition d’intervenir avant l’apparition des symptômes.

III PANORAMA FINANCIER

Les tableaux I et II montrent qu’en 2002 nous avons consacré 704 000 dollars à la recherche dont à peu près 409 000 ont été versés directement aux chercheurs pour leurs expériences. D’autres dépenses de recherche comprennent les frais associés au XIII° meeting annuel du Groupe de Travail à Bal Harbour, Floride, en novembre dernier. Les frais de communication ont représenté une part importante des dépenses de recherche, en particulier au bureau de notre siège à Washington DC. Conformément aux fonctions de bureau central et de coordinateur de ce bureau, nous faisons circuler à tous les autres membres du Groupe de Travail les articles écrit par certains d’entre eux, souvent par distribution exprès. De plus, nous tenons plusieurs téléconférences avec les sections nationales et les chercheurs pour coordonner leur travail et prendre des décisions rapidement.
Grâce à une augmentation des dons, fait d’autant plus remarquable que les conditions économiques ont empiré aux USA et en Europe, nos dépenses administratives, en pourcentage des recettes, ont quelque peu diminué, passant de 16 % en 2001 à 13 % en 2002.

Tableau I – données financières par Section Nationale (en dollars US)

France

Allemagne

Italie

Suisse

Royaume-Uni

Etats-Unis

Total

Fonds disponibles au 01/01/02*

283 157

24 795

83 337

62 116

206 837

775 499

1 435 741

Recettes

249 666

72 271

112 098

22 892

194 869

572 896

1 224 693

Dépenses

  • Recherche
  • Information
  • administration

57 817

5 472

1 031

9 567

10 412

13 742

85 511

25 967

24 531

30 776

4 873

1 099

136 046

29 094

23 446

384 399

86 593

96 939

704 115

162 411

160 788

Dépenses totales

64 320

33 721

136 009

36 748

188 586

567 930

1 027 314

Fonds disponibles au 31/12/02

468 504

63 345

59 426

48 260

213 120

780 465

1 633 120

*Nous avons actualisé ces chiffres pour refléter la valeur accrue des monnaies européennes par rapport au dollar au cours de l’année 2002 et le changement correspondant dans les taux de change. Ceci explique la différence entre les fonds disponibles au 31/12/01 (voir le rapport annuel de juin 2002) et les fonds disponibles au 01/01/02 figurant ici

Tableau II – expériences et essais financés en 2002 (en dollars US)

Sous la responsabilité de

Activité

Section du PM assurant le financement

Somme

I. Duncan

Evaluation par IRM des lésions de la moelle épinière dans la SEP

Britannique, américaine

25 000

G. Martino

Cellules souches, thérapie génique et facteurs de croissance chez les souris pour la SEP

Italienne

30 856

P. Leone

Thérapie génique pour la maladie de Canavan

Italienne, américaine

40 170

H. Moser

Suivi de l’étude sur l’huile de Lorenzo et bilan statistique

Américaine

25 000

T. Vollmer

Essai clinique de transplantation de cellules de Schwann

Américaine, suisse

200 000

S. Zhang

Dérivation de PO à partir de cellules souches neurales

Britannique

88 065

Total

   

409 091

 

Tableau III – Expériences financées en 2003 (au 31 mai) (en dollars US)

Sous la responsabilité de

Activité

Section du PM assurant le financement

Somme

E. Baulieu/M. Schumacher

Travail préclinique sur les dérivés de la progestérone

Française

50 000

A. Baron Van Evercooren

Transplantation de cellules de Schwann chez les macaques

Française

60 000

I. Duncan

Etude de transplantation intraventriculaire

Britannique

55 474

G. Martino

Transplantation de cellules souches neurales humaines chez le modèle ouistiti de la SEP

Américaine

45 000

S. Zhang

Dérivation de PO à partir de cellules souches neurales

Britannique

44 032

P. Leone

Thérapie génique pour la maladie de Canavan

Italienne

5 602

Total

   

260 108

IV PROJETS ET STRATEGIES

Nous allons continuer à concentrer notre financement sur les essais humains et sur la recherche translationnelle tels que ces expériences chez l’animal qui peuvent mener directement au clinique. Figurent dans cette première catégorie les études proposées par les docteurs Vollmer, Singh et Baulieu et les études en cours des docteurs Köhler, Moser et Leone. Dans la deuxième catégorie se trouvent les études des docteurs Baron, Duncan, Martino et Zhang.

Tableau IV – résumé indicatif des projets (en dollars US)

A. Engagements actuels

A. Baron-Van Evercooren — transplantation de cellules de Schwann chez le macaque

60 000

G. Martino — cellules souches, thérapie génique et facteurs de croissance chez les souris pour la SEP

22 525

H. Moser — suivi de l’étude sur l’huile de Lorenzo et bilan statistique

25 000

G. Martino — transplantation de cellules souches neurales humaines chez le ouistiti pour la SEP

45 000

Total des engagements existants

152 525

B. Nouvelles activités

1. Recherche

E. Baulieu/M. Schumacher et al. — essai clinique de la progestine

83 000

W. Köhler — suite de l’étude de l’huile de Lorenzo pour l’AMN

25 000

I. Singh — thérapie par simvastatine et bêta interféron pour la SEP

106 000

Prévoyance*

300 000

Meetings, communications

50 000

Total pour la recherche

564 000

2. autres

Information

200 000

Administration

175 000

Total autres

375 000

Total général

1 091 525

*la rubrique prévoyance est pour les subventions éventuelles pour les études menées par le Dr Vollmer et/ou d’autres chercheurs une fois leurs projets jugés techniquement valables selon le Groupe de Travail et réalisables selon les non scientifiques du Projet Myéline.

V COLLECTE DE FONDS

Autriche
Grâce aux efforts d’Andreas Gölles, la section autrichienne du Projet Myéline a été reconnue officiellement par le gouvernement autrichien. Elle a également commencé à établir des contacts avec la presse et la radio au sujet de nos efforts.

Canada
Nous avons enfin réussi à obtenir un statut officiel d’œuvre de bienfaisance pour le Projet Myéline canadien. Ceci veut dire que nos amis canadiens peuvent maintenant déduire leurs dons de leurs impôts. Nous tenons à remercier Leon Paroian pour son aide dans ces démarches. Nous espérons organiser bientôt la structure administrative et directoriale de la section canadienne avec bureau et Conseil d’administration. En attendant, plusieurs personnes dévouées ont déjà commencé à collecter des fonds et ont obtenu des dons de sociétés prêtes à être des sponsors. Helen Hatzis s’est montré particulièrement active en ce domaine.

France
ELA- Projet Myéline continue à mener des actions couronnées de succès en France mêlant le marketing, les célébrités et la recherche sur les leucodystrophies. Avec l’aide de son porte-parole de longue date, la star du football international Zinédine Zidane, ELA a organisé une journée de sensibilisation à la leucodystrophie basé sur le thème Tous en Baskets. La journée a été couronnée par une émission de télévision à heure de grande écoute avec la participation de Zidane et d’une foule d’autres stars françaises du monde du sport et du spectacle. Toute l’année, ELA/Projet Myéline organise des campagnes de collecte de fonds dans les écoles. Ces dernières organisent des évènements sous le slogan " Mets tes baskets et bats la maladie ". L’année passée, 670 écoles y ont participé.

Allemagne
Changement complet. Après le déclin des activités ces dernières années, la section allemande s’est lancée dans la recherche de fonds de grande et de moindre ampleur. Elle a ainsi organisé des entretiens télévisés de patients et de familles atteints de maladies de la myéline, fait de la publicité sur les poignées des pompes à essence et s’est adressée au système judiciaire allemand pour obtenir une part des fonds saisis à des criminels condamnés, fonds qui sont distribués à de bonnes causes. Le grand événement pour la section allemande a été un concert de bienfaisance donné en novembre dernier par l’Orchestre Philharmonique de Berlin. 70 % des recettes ont été versées au Projet Myéline. Cette section espère renouveler cet exploit cet automne avec le même orchestre.

Italie
Chocolat et théâtre, telle a été la formule pour le Projet Myéline italien l’année passée. La section italienne a organisé une production théâtrale à Rome au profit du Projet. La représentation finale a été retransmise à la télévision nationale accompagnée d’une interview de Celestino Frasca, président du Projet Myéline italien. Giuseppe Verdi, membre du Conseil d’administration a organisé une campagne de Noël où des volontaires vendaient des chocolats dans l’une des plus grandes villes de Sicile. Pour cet été, les projets comprennent des stands à des fêtes en plein air où l’on trouvera des renseignements, des T-shirts et des copies du film " Lorenzo ".

Suisse
Le Projet Myéline suisse a organisé une série de concerts de bienfaisance, concerts donnés par un groupe de gospel suisse, Gospeltrain Felsberg, qui ont rapporté des sommes importantes. La section a également créé un poster pour expliquer le but du Projet Myéline, poster qui a été envoyé à tous les supporters en leur demandant de le placer dans leurs écoles et magasins locaux et d’autres lieux publics. La section suisse s’efforce maintenant de persuader d’autres organisations de même orientation d’aider le Projet Myéline : le Lions Club de Suisse et la Fondation du Téléthon Suisse se sont engagés à collecter des fonds au nom de cette section.

Royaume-Uni
Suivant une approche consacrée par l’usage, le British Trust pour le Projet Myéline a placé des troncs dans des endroits très fréquentés comme des banques, des supermarchés, des bars et des pubs, des stations-service et des magasins. Ces troncs à l’aspect très attrayant distribueront des prospectus contenant des renseignements sur le Projet, dans l’espoir que certains de ceux qui les prendront, donateurs occasionnels de menue monnaie deviendront des supporters permanents. Le British Trust a aussi préparé plusieurs évènements pour collecter des fonds : l’équipe des Sapeurs Pompiers d’Hammersmith va participer à une course en canoë d’environ 160 km d’une durée de trois jours. Cette section va organiser des soirées de jeux, des concours sportifs en de nombreux endroits, un tournoi de golf ainsi qu’une marche sponsorisée sur un chemin allant du Tower Bridge à Londres jusqu’au grand barrage de Londres.

Le siège
Au siège, nous profitons encore de la publicité causée par la présentation faite par le Dr Moser des résultats de son étude internationale sur l’huile de Lorenzo qui nous a permis d’augmenter le nombre de nos supporters. Cette publicité s’est maintenant étendue à d’autres pays, il y a des émissions télévisées produites et diffusées en Italie, en Allemagne et en Autriche. Dans le cadre de notre campagne de collecte de fonds, nous testons une initiative qui implique les classes de science des lycées américains. Pour ce faire, nous avons préparé des kits comprenant une copie du film Lorenzo, un manuel d’accompagnement, un CD de la chanson " Lorenzo " de Phil Collins ainsi que des renseignements sur le Projet Myéline. Par l’intermédiaire d’une publicité parue dans une revue à destination des professeurs de science, nous avons proposé ces kits à environ 400 écoles en leur demandant d’organiser des campagnes de collecte de fonds parmi leurs élèves. Bien que cette initiative n’en soit encore qu’à ses débuts, nous avons déjà obtenu des réactions favorables.
En septembre auront lieu deux évènements au profit du Projet Myéline. Le Dr Ian Duncan participera au triathlon Ironman du Wisconsin et collectera des fonds pour le Projet Myéline.
Le 21 septembre, Jean Kelly, membre du Conseil d’administration, accueillera le 7° triathlon annuel Hammerfest à Brandford, Connecticut. Il s’agit d’un triathlon réduit : 800 mètres à la nage, une vingtaine de km à bicyclette et environ 7 km de cours à pieds. En novembre, Diane Zmrzel, autre membre du Conseil d’administration collaborera à nouveau avec Marguerite Crespillo pour organiser le tournoi de golf annuel Jordon Fund en Californie.

VI CONCLUSION

Depuis ses débuts, le Projet Myéline a financé 38 expériences pour une somme totale de 4,7 millions de dollars. Il a réuni les meilleurs chercheurs dans le domaine de la remyélinisation et des troubles de la myéline, originaires de divers pays, en un réseau d’excellence où les échanges sont aussi cordiaux que fréquents. Ceci a mené à plusieurs collaborations internationales qui ont largement accéléré la recherche. Actuellement, nous sommes tout près de découvertes capitales en matière de transplantation cellulaire et de thérapies pharmaceutiques. Mais nous avons besoin de ressources supplémentaires pour mener à bien ce travail. C’est là que vous intervenez. S’il vous plaît, montrez-vous généreux pour tous ces gens, que ce soient des enfants ou des adultes, qui souffrent de troubles de la myéline.

Traduction : Andrée Horel