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La maladie de Cavanan
Dr Marie-Odile ROLLAND -
Hôpital Debrousse - Lyon
Définition
La maladie de
Canavan est une maladie de la myéline,
maladie métabolique
rare, aussi appelée maladie de Van Bogaert, du nom
de l'un des deux neuropathologistes qui l'ont décrite pour
la première fois en 1949.
C'est une maladie neurologique
très grave, avec des signes cliniques précoces et
qui évolue vers une encéphalopathie profonde et un
décès dans les premières années de la
vie. Elle est proche de la maladie
d'Alexander quant aux signes cliniques.
L'anomalie se situe au
niveau de l'acide N-acétyl-aspartatique (NAA), constituant
normal de la myéline et précurseur de l'acide aspartique.
L'aspartoacylase, l'enzyme qui dégrade le NAA, est absent.
Transmission
La maladie de Canavan est
une maladie héréditaire qui se transmet sur le mode
récessif autosomique : les parents, porteurs du gène
défectueux sans être atteints, ont 25 % de risque d'avoir
un enfant touché à chaque grossesse. Les enfants,
dans 50 % des cas, sont comme leurs parents, porteurs sains de la
maladie.
Manifestations cliniques
Les premiers signes
de la maladie sont précoces et visibles dès les premiers
mois de la vie (entre 3 et 6 mois en moyenne). On note une hypotonie
musculaire, une grosse tête, une cecité (par atrophie
optique), des convulsions et une surdité. Une leucodystrophie
diffuse est mise en évidence par tomodensitométrie
cérébrale. L'évolution se fait vers une encéphalite conduisant
à un état grabataire.
La plupart des enfants
décèdent avant leur troisième anniversaire.
Il existe quelques cas moins graves offrant une survie au-delà
de 10 ou 15 ans.
Diagnostic
Le diagnostic biologique
se fait sur l'urine par la mise en évidence d'une quantité
anormalement élevée d'une molécule, l'acide
N-acétyl-aspartatique, dont on ne sait presque rien à
ce jour (cette molécule énigmatique est abondante
dans le cerveau et son rôle sur la substance blanche reste
inconnu).
Une biopsie du rein ou une biopsie de peau en culture permet de
confirmer le diagnostic en mettant en évidence le déficit
enzymatique. Il s'agit de l'aspartoacylase. Cet enzyme
dégrade normalement l'acide N-acétyl-aspartatique.
Son absence ou son mauvais fonctionnement provoque l'accumulation
de cette molécule.
Actuellement, seul un diagnostic prénatal (difficile) peut être proposé
à la dixième semaine de grossesse. Il se fait par
une analyse du liquide amniotique ou par mesure de l'activité
de l'aspartoacylase dans les villosités choriales.
Ces deux analyses sont à la fois délicates et difficiles
à interpréter.
Physiopathologie
Le marqueur biochimique
associé à cette maladie est connu depuis peu, puisque
ce n'est qu'en 1987 qu'une élévation du taux de N-acétyl-aspartatique
(NAA) a été mise en évidence dans le sang,
l'urine et le liquide céphalo-rachidien des enfants malades.
Cette accumulation de NAA
est due à l'absence d'une enzyme, l'aspartoacylase, qui a
pour fonction de le dégrader. Le déficit enzymatique
a été retrouvé chez tous les enfants excrétant
une quantité anormale de NAA. Cette activité enzymatique
est mise en évidence dans les cellules de la peau en culture
(fibroblaste).
La concentration est élevée
dans le cerveau (jusqu'à 100 mg dans 100 grammes de tissu).
L'enzyme responsable de la synthèse du NAA a été
mise en évidence uniquement dans le cerveau. Par contre,
le NAA est dégradé dans le rein surtout et dans le
foie.
Le rôle de l'acide
N-acétyl aspartatique n'est pas encore complètement
élucidé, bien que la question soit posée depuis
longtemps. Il semble être impliqué dans la formation
de la myéline. Le défaut serait au niveau de la synthèse
de la myéline et non pas un phénomène de destruction
de la myéline. Il y aurait deux systèmes de circulation
du NAA en relation avec l'activité de l'aspartoacylase :
une circulation dans le cerveau et l'il et une circulation impliquant
le foie et le rein qui aurait pour fonction de régénérer
l'aspartate afin de le recycler en NAA.
Traitement
Actuellement aucun
traitement ne peut être proposé, c'est pourquoi le
recours au diagnostic prénatal est important, permettant
aux parents d'interrompre la grossesse lorsque le ftus est atteint.
La récente découverte
du gène de la maladie et d'un certain nombre de mutations
chez les malades ouvrent des perspectives pour des traitements.
La thérapie génique doit passer par la mise au
point d'un modèle animal, à savoir une souris atteinte
de la maladie.
Cependant, la maladie démarrant
très tôt et l'organe cible étant le cerveau,
les chercheurs savent qu'elle sera difficile à vaincre.
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