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La maladie de Krabbe
Dr Marie-Thérèse
VANIER - Laboratoire Fondation Gillet-Mérieux - Lyon
Définition
La leucodystrophie
de Krabbe porte le nom du pédiatre danois Knud Krabbe qui
l'identifia en 1916.
C'est une maladie génétique
causée par le déficit d'une enzyme lysosomale intervenant dans le catabolisme d'un constituant lipidique majeur de la myéline,
le galactocérébroside (ou galacto-sylcéramide).
La maladie se caractérise
par une démyélinisation du système nerveux
central et périphérique entraînant une atteinte
neurologique pure. Elle débute dans une majorité de
cas durant la première année de vie et est rapidement
progressive ; mais un début plus tardif, chez l'enfant, l'adolescent
ou l'adulte, est possible.
Transmission
La fréquence de
la maladie semble être de l'ordre de 1/150 000 naissances
en France. La transmission se fait selon le mode autosomique
récessif.
La maladie atteint donc également filles et garçons.
Les parents sont l'un et l'autre hétérozygotes
(ils ont pour le gène
un allèle
normal et un allèle muté) ; à chaque grossesse
le risque est de 25 % d'avoir un enfant atteint et de 50 % d'avoir
un enfant hétérozygote. Une personne hétérozygote
(porteuse) ne présente aucune anomalie clinique.
Manifestations cliniques
La forme infantile
&laqno; classique », irritative-hypertonique, représente
85 à 90 % des cas. L'âge de début moyen se situe
vers 4 mois (entre 1 et 7 mois généralement). Le développement
psychomoteur des enfants est normal ou très peu perturbé
jusqu'à l'apparition premiers symptômes.
Le stade 1 est caractérisé
par une irritabilité croissante, des pleurs inexpliqués,
une sensibilité anormale aux bruits, au contact physique
et à la lumière, et des accès de fièvre.
L'hypertonie (raideur anormale des membres) est précoce,
le développement psychomoteur stoppe, puis régresse.
Assez rapidement le stade
2 est atteint avec une position en opisthotonos (rejet de la tête
en arrière), une flexion hypertonique des bras et des mains
et une extension des jambes et pieds caractéristique. Des
crises convulsives peuvent apparaître. Les réflexes
ostéo-tendineux sont abolis. Une détérioration
de la vision apparaît.
Au stade 3, l'enfant ne
réagit ni à la lumière ni au bruit. La raideur
disparaît. L'état s'aggrave de façon inéluctable
en quelques mois, parfois quelques années. D'autres formes
avec début précoce ont été décrites
chez de rares cas.
Les formes à début
tardif sont de diagnostic difficile car les symptômes sont
variables selon les cas. Elles semblent plus fréquentes dans
l'Europe du Sud, en particulier en Sicile. Les premiers signes sont
souvent des troubles de la marche (paraparésie spastique le plus souvent, parfois démarche ataxique),
une hémiplégie et une détérioration
de la vision. Il n'existe pas toujours de neuropathie périphérique
associée. La détérioration mentale est variable
et généralement absente dans les formes de l'adulte.
L'évolution est plus ou moins lente.
A noter que des formes
cliniques différentes ont été observées
au sein d'une même fratrie.
Diagnostic
Il repose sur la
détermination de l'activité de l'enzyme galactosylcéramidase
possible sur des leucocytes
isolés à partir d'une prise de sang. Le dosage est
complexe et est réalisé par des laboratoires spécialisés.
Il est souhaitable de confirmer le diagnostic sur des cellules en
culture obtenues à partir d'une minuscule biopsie de peau. Certains examens complémentaires peuvent
être proposés : IRM, scanner, électromyogramme,
ponction du liquide céphalo-rachidien
Le diagnostic prénatal
est possible. Généralement réalisé entre
10 et 12 semaines de grossesse, il donne une réponse le plus
souvent en moins d'une semaine, avec confirmation en cinq semaines.
Toutefois, il doit être précédé par une
étude de l'activité enzymatique chez les deux parents.
En effet, dans un petit nombre de familles, l'un des parents a une
activité très basse de la galactosylcéramidase.
La différenciation entre ce "pseudo déficit"
(sans signification pathologique) et un "vrai déficit"
(cas de l'enfant atteint) nécessite une stratégie
plus complexe pour diagnostic prénatal.
Le gène de la galactosylcéramidase
a été cloné en 1993. De nombreuses mutations
ont été décrites et le diagnostic de la maladie
reste enzymatique. Néanmoins, deux mutations sont relativement
fréquentes (constituant en France 65 % des allèles)
et méritent d'être recherchées systématiquement
chez les malades. En effet, leur mise en évidence permet
d'offrir un dépistage fiable des hétérozygotes
dans un nombre non négligeable de famille.
Physiopathologie
L'enzyme déficitaire
dans la maladie de Krabbe participe au catabolisme d'un lipide de
la myéline, le galactocérébroside ou galactosylcéramide,
synthétisée par l'oligodendrocyte au niveau du système nerveux central
et par la cellule de Schwann au niveau périphérique. De
façon paradoxale, on observe dans le cerveau des malades
une concentration globale anormalement basse de ce lipide.
Des travaux faits dans
la maladie humaine puis sur les modèles animaux (souris,
chien, singe) ont montré qu'un métabolite cytotoxique
(psychosine), normalement produit à l'état de traces
et immédiatement dégradé, s'accumule et entraîne
une mort rapide des oligodendrocytes et donc un arrêt précoce
et définitif du processus de myélinisation. De ce
fait, la synthèse de galactosylcéramide est elle aussi
arrêtée, expliquant l'absence d'accumulation apparente.
Les "cellules globoïdes" d'origine macrophagique
pathognomonique de l'affection sont induites par le galactosylcéramide
non dégradé et sont en fait le seul siège de
la surcharge. Si l'implication de la psychosine semble indéniable,
d'autres facteurs, en particulier immunitaires, semblent jouer un
rôle. Bien des points de la physiopathologie de l'affection
restent obscurs.
Traitement
Il n'existe pas de
traitement spécifique aujourd'hui.
Une greffe
de moelle allogénique a été tentée
chez de rares patients. Des résultats encourageants (stabilisation
de l'état) ont été obtenus chez des patients
atteints de formes tardives de la maladie de Krabbe. Elle est en
revanche totalement inefficace dans les formes infantiles classiques.
Enfin, il n'existe pas
de traitement enzymatique substitutif direct.
Des essais de thérapie génique chez la souris "Twitcher"
et les autres modèles animaux deviennent envisageables aujourd'hui.
En tout état de cause, la thérapie devra intervenir
très précocement compte-tenu du mécanisme particulier
de l'atteinte myélinique dans cette leucodystrophie.
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